Gene Predictis a lancé un outil de médecine personnalisée

Laboratoire La société lausannoise a notamment conçu un test qui évalue le risque de thrombose sous pilule

Chaque patient réagit différemment à la prise d’un médicament. «Certains le métabolisent lentement et d’autres, au contraire, si vite qu’il n’a pas le temps de produire ses effets. Inversement, l’accumulation d’un médicament éliminé trop lentement dans le corps va produire des effets secondaires, explique la généticienne Goranka Tanackovic, directrice de la société Gene Predictis. Pourtant, actuellement, la posologie est presque toujours uniformisée, quel que soit le métabolisme du patient.»

Fondée en 2005 et récemment installée au Parc de l’innovation de l’EPFL, la start-up Gene Predictis, spécialisée dans la médecine personnalisée, a développé un outil de diagnostic permettant d’analyser la façon dont une personne réagit à un médicament ou une combinaison médicamenteuse. «Les principaux enzymes impliqués dans le métabolisme des médicaments sont entre autres les cytochromes P450 (CYP450), dont la concentration et l’activité peuvent varier énormément d’un individu à un autre», explique Goranka Tanackovic.

Réduire les coûts de la santé

La société travaille avec une cinquantaine de médecins en Suisse romande qui envoient des prélèvements ADN de leurs patients à la start-up. «Nous analysons une quarantaine de variantes génétiques impliquées dans le métabolisme des médicaments. Puis, contrairement aux autres laboratoires d’analyse, nous fournissons des explications détaillées et délivrons des conseils pour adapter la posologie des médicaments en fonction du profil du patient, note la directrice de Gene Predictis. Cela permet aux médecins d’éviter un sous- ou un surdosage.»

Coût du test: quelques centaines de francs. «Ce genre d’analyse est préconisée notamment pour des malades chroniques ou des personnes prenant plusieurs traitements en parallèle», précise Goranka Tanackovic, qui rappelle qu’un tiers des hospitalisations aux Etats-Unis seraient liées à des interactions médicamenteuses ou à des mauvais dosages. «Selon une étude d’Ernst & Grizzle, ce problème génère un coût supérieur à 177 milliards de dollars par année aux Etats-Unis», explique-t-elle, tout en présentant une autre étude concernant le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Réalisé durant six mois, le rapport souligne que 7% des 3195 patients arrivés aux urgences présentaient un motif d’admission imputable à un effet indésirable médicamenteux. «Ces 229 patients ont passé en tout 2069 jours à l’hôpital, pour un coût estimé à plus de 2 millions de francs», peut-on lire.

Fondée par le gynécologue Thierry Pache et l’urologue Alain Mottaz, Gene Predictis développe actuellement un outil interactif destiné aux médecins qui les aidera à établir une prescription encore plus personnalisée pour chaque patient. En outre, la start-up, qui compte 9 collaborateurs, a mis sur le marché en 2013 un test permettant de saisir le ­risque de thrombose sous pilule contraceptive en fonction des prédispositions génétiques, du comportement et de l’environnement d’une patiente.

Malgré la concurrence de grands laboratoires d’analyse médicale ainsi que de sociétés comme PGXL Laboratories ou GeneLex aux Etats-Unis, Gene Predictis vise un marché international. Goranka Tanackovic ne donne toutefois aucun chiffre d’affaires ni de prévisions de ventes. Par contre, la start-up souhaiterait trouver un investisseur externe pour réaliser des validations économiques en application clinique, afin de démontrer l’intérêt de ses outils pour la réduction des coûts de la santé.