General Electric, moindre mal pour Alstom Suisse

Energie Des deux candidats au rachat d’Alstom, l’allemand Siemens compterait le plus de doublons

Les 6500 employés basés en Suisse sont dans l’expectative.A Baden, on positive

Les instructions de Paris ont été bien reçues à Baden (AG). Pas de commentaire avant qu’une annonce officielle ne soit formulée, tranche-t-on au siège argovien d’Alstom Suisse.

En attendant, les spéculations vont bon train, alors que le gouvernement français a rencontré lundi tour à tour les dirigeants de General Electric (GE) et de Siemens pour en savoir plus sur la façon dont ils envisagent de reprendre Alstom. Il faut dire qu’en Suisse, le groupe emploie 6500 personnes. Dont plus de 6300 dans les activités liées à la production d’énergie ou aux réseaux – la division visée par les deux acquéreurs. Ils ne sont que 130, sur le site de Neuhausen am Rheinfall (SH), à travailler pour la division Transport. Laquelle est d’ailleurs en lice pour remporter le contrat de 400 millions de francs promis au fabricant des rames du CEVA à Genève.

Comme Alstom Suisse est le plus grand employeur privé du canton d’Argovie, qu’il a déclaré un chiffre d’affaires de 2,9 milliards de francs en 2012/13, que le siège de l’unité Energie thermique – 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 45% du total du groupe – est domicilié à Baden, c’est peu dire que sort de la maison mère préoccupe toute une région. Dans l’Aargauer Zeitung, Geri Müller, maire d’une ville qui compte aussi ABB et Axpo sur son sol, se veut résolument optimiste. Le conseiller national, membre des Verts et antinucléaire convaincu, s’accroche au fait qu’Alstom a prévu de s’agrandir au nord de la ville. Puis, il imagine mal que le repreneur renonce aux prestigieux clients d’Alstom Suisse. Les centrales de Mühleberg, Leibstadt et Beznau font partie des références que l’entreprise met en avant dans son dossier de présentation.

Entre GE et Siemens, quel meilleur scénario pour la Suisse? «C’est très difficile à juger pour l’instant», répond un consultant industriel établi à Baden, qui note néanmoins déjà que «GE a des ambitions de croissance en Europe, tandis que Siemens a une stratégie plus défensive», davantage portée sur la rationalisation. Une certitude: «Le couple Alstom-Siemens compterait plus de doublons que la paire Alstom-GE», estime un autre observateur, financier, qui, lui non plus, ne veut pas être identifié. Si Siemens l’emporte, les Suisses d’Alstom seraient-ils directement menacés? «Pas forcément, relativise notre second interlocuteur. Les autorités de la concurrence exigeraient la vente de certains actifs. Mais cession ne veut pas dire cessation d’activité! Et personne ne dit que les Suisses seraient les premiers concernés.»

Dans le pays, Siemens emploie 5900 personnes. En 2013, sa division Grid (réseaux) a été mandatée par Alpiq et les CFF, notamment. GE, lui aussi, revendique une présence locale. Outre la finance (Cembra Money Bank), il vend des «produits dans les domaines du pétrole et du gaz, des carburants fossiles, des énergies nucléaire, hydroélectrique et renouvelables» et des «systèmes de transport et de distribution d’énergie», selon son site internet.

Culturellement parlant, un proche d’Alstom Suisse pense toutefois que «le bavarois Siemens serait mieux accueilli en Argovie que l’américain GE. Et il serait sans doute plus sensible aux spécialisations régionales.» C’est aussi ce que croit Edwin Somm, l’ancien patron d’ABB Suisse, qui, dans Schweiz am Sonntag, soulignait la capacité des dirigeants d’Alstom Suisse, il y a 4 ans, à convaincre Paris de renforcer le centre de compétences helvétique.

Le syndicat Employés Suisse, qui a défendu les employés en février (suppression de 130 postes dans le domaine gazier), puis en avril (75 postes dans l’informatique) est encore dans l’inconnu. Comme tout le monde.

«GE a des ambitions de croissance en Europe, tandis que Siemens a une stratégie défensive»