Les constructeurs automobiles américains vont mal. Certains disent Chrysler, racheté à Daimler en 2007 par le fonds américain Cerberus, au bord de la faillite. Pour sa part, l'action de General Motors est tombée en fin de semaine dernière à son plus bas historique. Le titre a terminé vendredi à 4,89 dollars, soit un peu plus du dixième de sa valeur un an plus tôt.

Et pourtant, les deux constructeurs songeraient à un rapprochement, fusion ou accord de collaboration, ont rapporté samedi le New York Times et le Wall Street Journal (WSJ). Cerberus serait aussi en discussion avec d'autres constructeurs, notamment le couple nippo-français Nissan-Renault. Le fonds d'investissement et General Motors sont cependant déjà liés, le premier ayant pris en 2006 une participation dans la société de financement automobile du second, baptisée GMAC.

Les parties concernées n'ont pas voulu commenter ces informations. Cerberus a simplement indiqué à Bloomberg qu'un rapprochement important ne pourrait se faire avant le rachat des 19,9% de Chrysler encore aux mains de Daimler.

General Motors semble quant à lui rechercher un mariage très activement. Selon le site internet du WSJ, le groupe aurait également approché dernièrement son concurrent Ford pour discuter d'une éventuelle fusion. Ford a néanmoins coupé court aux discussions après être arrivé à la conclusion qu'il lui valait mieux continuer seul, précise le journal.

Economies de plusieurs milliards de dollars

L'intérêt d'un rapprochement pour General Motors - et Chrysler - serait de profiter d'économies d'échelle et de synergies. «Les économies potentielles se chiffrent à plusieurs milliards de dollars, avant même de considérer des fermetures d'usines», relève l'expert américain en restructurations Van Conway, cité par Bloomberg.

Handicapés par des gammes riches en véhicules trop gourmands en essence, les «trois géants de Detroit», General Motors, Ford et Chrysler voient leurs ventes aux Etats-Unis s'effondrer: - 17% depuis le début de l'année pour les deux premiers et - 25% pour le troisième. La situation est exacerbée par la crise financière qui pousse les consommateurs à repousser leurs gros achats et les banques à refuser des crédits. Les constructeurs japonais s'en sortent mieux, avec une baisse limitée à 10% pour Toyota, 3% pour Nissan et 1% pour Honda. Les Européens, Volkswagen, BMW ou Mercedes, parviennent aussi à limiter les dégâts.

Standard & Poor's tire la sonnette d'alarme

Le Congrès des Etats-Unis a voté fin septembre les garanties nécessaires pour permettre l'octroi de 25 milliards de dollars de prêts à taux préférentiel aux constructeurs américains. Il s'agit de les aider à restructurer leur outil de production et à réorienter leur gamme vers des modèles plus économes en carburant, de plus en plus demandés par les consommateurs.

Mais le temps presse. Jeudi, l'agence de notation financière Standard and Poor's avait sonné l'alarme en affirmant que General Motors et Ford risquaient de se retrouver dos au mur en 2009, après avoir consommé toute leur trésorerie. Van Conway relève que, dans le cas d'un rachat total ou partiel de Chrysler, General Motors chercherait à éviter de devoir débourser des liquidités, et paierait Cerberus avec des actions.