Le départ inattendu mardi du directeur général de GM, Fritz Henderson, signe la reprise en main du premier constructeur automobile américain par une équipe mise en place par l’administration Obama pour définir une nouvelle stratégie et poursuivre sa restructuration

Le président du conseil d’administration de General Motors (GM), Ed Whitacre, va remplacer M. Henderson le temps de lui trouver un remplaçant permanent. Les raisons du départ de M. Henderson, annoncé à l’issue d’une réunion du conseil d’administration, n’ont pas été dévoilées. «Fritz a fait un travail remarquable en dirigeant l’entreprise au cours d’une période de défis et changements sans précédent. Bien qu’une bonne dynamique ait émergé au cours des derniers mois […] des changements étaient nécessaires», s’est contenté de déclarer M. Whitacre.

Ce changement de direction signe la fin d’une époque pour GM. M. Henderson a passé sa carrière chez le constructeur de Detroit tandis que M. Whitacre, ex-PDG de l’opérateur téléphonique AT & T, est un novice de l’industrie automobile.

M. Henderson avait été choisi par le gouvernement américain mais il symbolisait l’ancienne équipe de GM, dirigée par Rick Wagoner, débarqué par la Maison Blanche en mars. «Je pense que Whitacre veut du sang frais, une nouvelle perspective sur l’entreprise», souligne Rebecca Lindland, analyste de Global Insight, dans un entretien avec l’AFP. «Ed Whitacre était le choix du gouvernement pour diriger l’entreprise» et le Trésor «a toujours semblé tiède à l’idée que Fritz reste numéro un» de GM, renchérit Michelle Krebs, analyste du cabinet spécialisé Edmunds.com.

M. Whitacre avait été choisi par le groupe de travail du Trésor sur l’industrie automobile après la sortie de faillite de GM, qui a ressurgi de ses cendres en juillet sous une forme allégée, recentrée autour de cinq marques (GM, Buick, Cadillac, Chevrolet et Opel), et nationalisé à 60%. Le gouvernement américain s’est impliqué dans le choix des administrateurs du nouveau CA, qui comprend désormais 12 personnes dont seules quatre sont issues du CA d’avant la faillite.

L’administration Obama n’a toutefois cessé de répéter qu’elle ne voulait pas s’impliquer dans la gestion quotidienne du constructeur. Un responsable gouvernemental a encore déclaré mardi que la démission de Fritz Henderson avait été décidée «par le CA et lui seul».

Ces dernières semaines, des divergences étaient apparues de plus en plus clairement entre M. Henderson et M. Whitacre, notamment sur le calendrier d’une réintroduction en Bourse de GM.

«Il n’y a pas eu beaucoup de bonnes nouvelles stratégiques récemment pour GM», remarque Rebecca Lindland. L’analyste cite aussi la communication désastreuse autour de la décision de dernière minute de ne plus vendre la filiale européenne Opel au canadien Magna et au russe Sberbank, prise à l’issue d’un conseil d’administration que le Wall Street Journal avait décrit comme «houleux».

Pour Michelle Krebs, l’échec des ventes des marques Saturn et Saab a «fait juger au conseil d’administration que Henderson n’était pas l’homme de la situation».

Début novembre, M. Whitacre avait insisté sur le renouvellement en cours à Detroit: «C’est une nouvelle équipe de direction avec de nouveaux objectifs». «Nous ne serions pas surpris de voir d’autres démissions de hauts dirigeants survenir», note Himanshu Patel, de JPMorgan.

Mardi, M. Whitacre a répété que les priorités de son groupe étaient de «redevenir rentable et de rembourser le plus vite possible les contribuables américains et canadiens». Le groupe a encore perdu de l’argent (1,151 milliard de dollars) entre sa sortie de faillite et le 30 septembre, et ses ventes ont recommencé à baisser en novembre après un rebond en octobre.