Avec les mauvaises surprises révélées par la comptabilité des entreprises, les experts s'interrogent sur les conséquences de l'uniformisation attendue des normes comptables en Europe. «Dans un premier temps, l'adoption générale des normes IFRS (appelées jusqu'ici IAS) va augmenter la probabilité de faire des erreurs. D'une part à cause des zones d'ombres encore à éclaircir et, de l'autre, en raison des difficultés de compréhension et d'application des nouvelles méthodes», explique Christine Schmid, spécialiste au Credit Suisse, qui vient de publier une analyse des conséquences du passage aux normes IFRS au sein de l'Union européenne.

Les sociétés cotées en Bourse devront en effet présenter leurs comptes selon les normes établies par l'International Reporting Standards (IRS) à partir de l'exercice 2005. Ce qui devrait toucher quelque 7000 entreprises. Quant aux sociétés européennes qui, à l'instar de Deutsche Bank, présentent leurs comptes selon les normes américaines US-GAAP, elles ont jusqu'en 2007 pour opérer la transition. Si ce changement ne doit pas bouleverser les marchés financiers, il pourrait cependant donner lieu à de nouvelles surprises pour certaines entreprises: «Les écarts annuels les plus marqués sont attendus en France, en Espagne et en Allemagne, ainsi que pour les banques et les compagnies aériennes», ajoute Christine Schmid.

En Suisse, les entreprises cotées sur le segment principal pourront choisir entre les normes IFRS et les normes américaines US-GAAP. Adecco est d'ailleurs l'une des 14 sociétés cotées à la Bourse suisse à présenter ses comptes selon les normes US-GAAP. Si les normes américaines sont réputées très sévères et détaillées, leur vulnérabilité aux abus avait éclaté au grand jour avec les scandales de Worldcom et Enron. «Près de 80% des sociétés cotées à la Bourse suisse présentent déjà leurs comptes selon IFRS ou US-GAAP», souligne Christine Schmid. Les ajustements les plus importants par rapport à la situation actuelle concernent la comptabilisation des survaleurs d'acquisition (goodwill), celle des charges de crédit-bail (leasing), des programmes de rémunération par stock-options ainsi que les activités hors bilan et les engagements des caisses de pension (ndlr: en particulier en Allemagne).

De nouvelles règles implacables

Selon la pratique IFRS actuelle, la survaleur (goodwill) payée par une entreprise lors d'une acquisition est amortie sur 20 ans. A l'avenir, la méthode employée se rapprochera de celle appliquée par US-GAAP, à laquelle est notamment déjà soumise Adecco. La valeur du goodwill sera réexaminée périodiquement à chaque exercice, et les pertes de valeur constatées sur les immobilisations incorporelles au bilan seront portées en diminution de fonds propres. La nouvelle règle du jeu se révélera donc implacable pour les sociétés qui ont surpayé leurs acquisitions.

Selon une estimation sommaire de la Banque Vontobel (les détails des nouvelles méthodes IFRS sont loin d'avoir été tous fixés), le changement comptable aura pour effet de rehausser les bénéfices des entreprises concernées de 13% en 2005. La comptabilisation des stock-options dans le compte de résultats devrait en revanche exercer un impact négatif évalué à 4%.