La croissance des fabricants de génériques offre de nouvelles opportunités pour les investisseurs. Un secteur de placement à part entière est en formation, séparé des traditionnels pharmas, biotechs et techniques médicales. L'introduction par Pictet & Cie, en juillet dernier, d'un fonds de placement sur ce segment d'investissement est donc logique. Aujourd'hui à Genève, c'est au tour de la banque Clariden de faire le pas et de présenter un fonds sur ce secteur. La banque zurichoise, filiale de Credit Suisse, gère déjà un fonds biotech et un fonds Santé.

Les médicaments sont dits génériques lorsqu'ils sont identiques, ou bioéquivalents, à un médicament original, en termes de dosage, de sécurité, d'efficacité et d'administration. Mais comme les fabricants de génériques ne doivent pas répéter les travaux de recherche clinique, leur coût est nettement inférieur. C'est d'ailleurs pour cette raison que le médicament original est protégé par un brevet d'une durée habituellement égale à vingt ans.

L'expiration de brevets s'est traduite par une performance médiocre de la part de groupes pharmaceutiques insuffisamment innovants. Aux Etats-Unis, cette année, le risque de perte de chiffre d'affaires de la part de médicaments dont le brevet arrive à échéance atteint 12 milliards de dollars (13,9 milliards de francs), selon Eric Bernhardt, gérant de fonds chez Clariden. C'est le double du montant de l'année passée. Plus de 65 milliards de ventes de médicaments courent ce risque d'ici à 2008. Pour les fabricants de génériques, ce risque constitue en revanche une opportunité de 18 milliards. Le manager estime que pour ces trois à cinq prochaines années la croissance annuelle des ventes de génériques sera de 12%. Cela devrait se traduire par une croissance annuelle des bénéfices de 18%, un chiffre qui se compare avantageusement aux 12% des groupes pharma.

Teva et Sandoz, leaders mondiaux

Malgré cette percée, les noms de ces fabricants restent peu connus, y compris celui du leader mondial, Teva. Pourtant, en nombre de pilules vendues cette année sur le marché américain, le groupe israélien arrive en deuxième position derrière Pfizer. Le numéro deux mondial des génériques est bien connu en Suisse puisqu'il s'agit de Sandoz, qui fait partie du groupe Novartis, mais les suivants sont inconnus. Il est vrai que plusieurs d'entre eux sont indiens ou ne sont pas encore entrés en Bourse. Pourtant, ce secteur compte plus de 400 acteurs.

Pour résister à la concurrence des génériques, les groupes pharmaceutiques tentent de prolonger les brevets des médicaments originaux. A l'inverse, les fabricants de génériques essaient d'entrer le plus tôt possible en concurrence. Selon la loi Hatch-Waxman, une société peut obtenir de l'agence américaine FDA l'autorisation de vente d'un générique avant l'expiration d'un brevet. La première à fournir la demande («abbreviated new drug application», ou ANDA) gagne l'exclusivité de vente pour 180 jours, à condition de prouver l'invalidité du brevet ou de montrer que le brevet n'est pas transgressé par le générique. En général le groupe pharmaceutique porte plainte à son tour afin de renvoyer à plus tard l'introduction du générique. Ces combats devant les tribunaux sont très incertains, selon Eric Bernhardt, et leurs coûts, estimés en moyenne à 4 millions de dollars, ne sont pas négligeables. Toutefois, le fabricant de génériques est fortement incité à entrer sur le terrain juridique. Le prix du générique durant les 180 jours d'exclusivité n'est inférieur que de 20% au médicament original. Ensuite, le rabais grimpe à 80% sous la pression de la concurrence.

L'investisseur qui veut acheter des titres de fabricants de génériques se trouve face à un univers hétérogène, à l'absence d'indice de référence (les génériques représentent 3 à 5% de l'indice MSCI Healthcare) et à des risques différents de la pharma. Pour les génériques, le risque se situe dans la pression sur les prix et dans l'incertitude sur les conflits juridiques.

Titres: opportunités d'achat

Dans ces conditions, les grands groupes disposent d'un réel avantage. La volatilité de ces actions est également plus élevée que celle des pharmas, mais inférieure aux biotechs. Ce phénomène ne se traduit pas par une diminution des multiples de bénéfices (PER), mais par une plus grande différence entre les entreprises. Cette année, la performance boursière des grands producteurs de génériques est clairement décevante. Mais, pour Eric Bernhardt, c'est peut-être le bon moment pour entrer sur ce marché très cyclique. Les préférés du gérant sont Endo Pharma, Alcon, Teva Pharma, Ivax, Barr Pharma et Allergan. Il s'agit souvent de sociétés qui ne sont pas uniquement actives dans les génériques, mais aussi dans les spécialités pharmaceutiques.