Près de 450 kg de cocaïne d’une valeur estimée à 30 millions d’euros ont été saisis dans un conteneur transporté par le MSC Adelaïde, un navire du groupe genevois MSC, au port de Gênes cette semaine. Un membre d’équipage serbe a été retrouvé mort, la gorge tranchée, dans la foulée. La drogue était dissimulée dans des sacs de café, le bateau arrivait du port de Santos, au Brésil, et une enquête est en cours pour voir si le décès est lié au trafic.

L’industrie maritime est régulièrement confrontée à de telles activités criminelles, alors que la majorité du commerce mondial transite par les mers et que les conteneurs, innombrables, sont souvent vus comme des endroits parfaits pour échapper aux contrôles. Près de 90% des saisies de cocaïne ces dernières années transitaient par la mer, selon l’association International Chamber of Shipping.

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En août, deux membres d’équipage monténégrins ont été condamnés aux Etats-Unis à la suite d’une saisie record de 20 tonnes de poudre blanche au port de Philadelphie sur un navire de MSC en 2019. Plusieurs autres confiscations ont été rapportées cette année-là dans des conteneurs transportés par MSC, notamment aux Etats-Unis et en Italie.

Le cas génois survient juste après que MSC a suspendu une partie de ses opérations au Brésil car le groupe suisse jugeait les risques de trafic trop importants, selon la presse spécialisée. Le port de Santos a été pointé par l’organisation InSight Crime comme une plaque tournante des trafiquants qui semblent surtout s’approvisionner en Bolivie.

Des millions investis pour combattre les trafics

Contacté, le service de presse de MSC n’a pas répondu. Dans des documents de justice liés à la saisie de Philadelphie, l’armateur dit avoir «subi d’importants dommages financiers et de réputation» dans ce cadre, ce qui l’aurait amené à investir plus de 100 millions de dollars pour combattre les trafics. Parmi les mesures prises par MSC figurent l’installation de caméras, la sollicitation d’agents de sécurité, des inspections supplémentaires et des conteneurs intelligents sur lesquels toute ouverture de porte est signalée.

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«Vous comprendrez à quel point MSC, et en particulier la famille propriétaire du groupe, sont bouleversés de voir leurs plus de cinquante ans de travail pour construire la société sapés par de tels criminels», indique un avocat du groupe dans un document judiciaire. «C’est plus un problème pour les douanes, la police ou les autorités portuaires, qui peuvent ouvrir et contrôler les cargaisons, que pour les transporteurs», estime Jan Hoffmann, chef du service de la logistique commerciale de la Cnuced. «MSC, qui a pris des mesures pour limiter ce genre de trafic, en est une victime.»

L’expert relève que les séquestres spectaculaires, comme de drogues, font couler l’encre alors qu’un autre problème fait plus de ravages. «Une part importante des biens transportés dans des conteneurs sont déclarés à un prix inférieur à leur valeur réelle pour que les taxes soient moindres, selon Jan Hoffmann. Or les budgets des pays moins développés dépendent vite énormément de telles taxes.» Le volume immense de conteneurs rend impossible un contrôle parfait aux frontières, selon l’expert, qui estime qu’un recours plus important à l’intelligence artificielle et une meilleure collaboration entre les autorités doivent aboutir à plus de résultats face aux trafics ou aux fausses déclarations.

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MSC, propriété de la famille Aponte qui habite à Genève, est la première entreprise de porte-conteneurs du monde devant le danois Maersk. La hausse importante des prix du fret maritime, dans le sillage de la pandémie, génère des marges jamais vues dans le secteur. La multinationale a annoncé ces deux derniers mois vouloir racheter les activités logistiques en Afrique du groupe Bolloré et une part du capital d’ITA, une compagnie aérienne italienne.