«La génétique récréative» suscite méfiance et inquiétude

Les analyses du génome sont facilement accessibles, via Internet, et sont à l’origine de dizaines de sociétés à travers le monde. Elles commercialisent toutes sortes de tests qui permettent de contrôler son poids, d’évaluer ses risques d’hypertension ou de cancer. D’autres se spécialisent dans l’analyse généalogique du génome pour connaître l’origine de ses ancêtres. Des sites de rencontre proposent même d’unir des hommes et des femmes pour une relation amoureuse, en fonction de leur ADN. Désormais, une société valaisanne s’attaque aux tests de personnalité en fonction de ses gênes. Le risque est qu’ils influencent des futurs parents ou certains employeurs.

Dimension globale

Cette «génétique récréative» en libre accès constitue-t-elle une menace? Est-elle fiable? Qu’en est-il d’un point de vue éthique? Depuis 2013, la Food and Drug Administration, aux Etats-Unis, ­a mis son veto au volet médical des analyses proposées par la société 23andMe, lui interdisant de livrer des résultats liés aux prédispositions à développer des maladies. L’un des motifs invoqués: des lacunes dans le bien-fondé scientifique de la démarche. «Ces tests génétiques sont à peu près aussi pertinents qu’un horoscope», ton­­ne pour sa part Andreas Huber, médecin-chef responsable du laboratoire médical à l’Hôpital cantonal d’Argovie, dans un Bulletin des médecins suisses paru en 2014.

«Ces tests peuvent gommer notre dimension globale, oubliant notre dimension psychologique, affective et sociale. Nous ne sommes pas le produit de nos gènes», précise, pour sa part, Patrick Gaudray, directeur de recherche au CNRS et membre du Comité consultatif national d’éthique en France, dans une interview accordée au Monde en mai dernier.