Après les 180 millions de francs d’émissions obligataires, voici les 200 millions de prêts du canton. L’aéroport de Genève multiplie les emprunts, alors que le trafic sur son tarmac demeure quasiment à l’arrêt. Cointrin a annoncé la semaine dernière avoir procédé à sa quatrième opération obligataire depuis 2017. Opérations qui lui ont, en tout, permis de lever 755 millions de francs. Et mercredi, le Conseil d’Etat genevois lui a octroyé un prêt de 200 millions de francs.

«Ce prêt est structuré à la manière d’une ligne de crédit et l’aéroport n’empruntera que les montants nécessaires en fonction de l’évolution de la situation, au-delà des lignes de crédit et emprunts conclus avec ses partenaires financiers pour assurer la poursuite de ses activités», indique l’exécutif genevois. Le taux d’intérêt de ce prêt a été fixé à 1,5%.

Lire aussi: Cointrin procède à un emprunt obligataire de 180 millions

C’est une première. Jusqu’à présent, l’aéroport remplissait les caisses de l’Etat en lui reversant la moitié de son bénéfice annuel. En 2019, 42 millions de francs avaient ainsi été versés. De 2009 à 2019, l’entreprise a enregistré un bénéfice net annuel moyen de 73 millions de francs.

La pandémie, qui continue de clouer au sol une bonne partie de l’aviation mondiale, a changé la donne. A Cointrin, 20 décollages de ligne sont prévus jeudi et 16 ont été effectués mercredi, contre une moyenne quotidienne de 215 en février 2019.

Pertes historiques, mesure historique

En 2020, l’aéroport a subi des pertes historiques – un déficit de 129 millions de francs et une baisse du nombre de passagers de 70% – les premières depuis la Deuxième Guerre mondiale. Cointrin a fait état d’un endettement net de 618 millions de francs, un record. Durant les dix années précédentes, ce chiffre a tourné autour de 228 millions de francs, selon nos calculs. L’aéroport a fait état d’un chiffre d’affaires de 191 millions de francs pour 2020, contre 494 millions en 2019.

L’aéroport de Zurich s’est aussi refinancé sur le marché suisse des capitaux. Kloten a procédé en février 2020 à un emprunt obligataire de 400 millions de francs, puis à un autre, de 300 millions, en mai 2020. En décembre, l’entreprise a émis un emprunt similaire de 200 millions de francs afin de se constituer des liquidités similaires. Contrairement à Cointrin, qui appartient au canton de Genève, l’aéroport de Zurich est coté en bourse et majoritairement en mains privées.

Lire aussi: Le chômage partiel sauve l’aéroport de Genève

«Le ratio dettes/fonds propres de notre société a augmenté en raison de nos emprunts supplémentaires», relève son service de presse. «Mais nous avons l’intention de restaurer la solidité de notre bilan précédent en maintenant une discipline stricte en matière de coûts et d’investissements au cours des prochaines années», précise-t-il. Hormis le soutien au chômage partiel dont bénéficient toutes les entreprises, l’aéroport de Zurich n’a bénéficié d’aucune aide gouvernementale ou autre financement public.

Swiss va supprimer des emplois

De son côté, la compagnie Swiss ne s’attend pas à une reprise «notable» des voyages «avant au moins de milieu de l’été» et prévoit donc un programme de vols «nettement plus restreint que prévu», a indiqué jeudi son directeur commercial Tamur Goudarzi Pour, cité dans un communiqué. Le transporteur compte proposer au troisième trimestre 65% de ses capacités de 2019. Cet été, Swiss compte desservir 85 destinations au départ de Zurich et 43 à partir de Genève. Le transporteur a demandé plus de soutien de la part de la Confédération cette semaine et indique que la crise sanitaire va engendrer des suppressions de postes.

Au bout du Léman, une modification de la loi sur l’aéroport a également été validée mercredi par les autorités. Elle constitue une mise en pratique de l’initiative populaire «Pour un pilotage démocratique de l’aéroport», qui avait été acceptée par les Genevois cet automne. Cette réforme vise à ancrer dans la loi plusieurs documents de pilotage pour la plateforme, notamment une convention d’objectifs, qui lie l’aéroport à l’Etat, et un plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique (PSIA). La stratégie de l’aéroport sera désormais examinée par les autorités.