mondialisation

Genève accueille le renouveau économique africain

La deuxième édition de l’Africa CEO Forum s’achève ce mercredi. Pour les patrons africains présents, la vitalité du continent doit être prise au sérieux

Genève accueille le renouveau économique africain

Mondialisation La deuxième édition de l’Africa CEO Forum s’achève ce mercredi

Pour les patrons des pays présents, la vitalité du continent doit être priseau sérieux

Le secteur privé africain mène une opération séduction à Genève. Parmi les 300 entrepreneurs présents: Kola Karim, 47 ans. Le personnage a présidé le Polo Club de Lagos, la capitale du Nigeria. Il a aussi bâti un empire pétrolier de près de 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires. Shoreline Energy International est aujourd’hui présent dans six pays africains, en Europe et en Asie. Le conglomérat nigérian est également actif dans les infrastructures, l’énergie, l’agroalimentaire et les télécoms. Il emploie environ 5000 personnes. «Le meilleur de l’Afrique s’est donné rendez-vous à Genève», résume Kola Karim, assis dans un fauteuil de l’hôtel Intercontinental, écrin de la 2e édition de l’Africa CEO Forum.

«Ici, nous avons l’opportunité de discuter entre pairs», renchérit une autre vedette de l’économie africaine, Bob Collymore. Le directeur exécutif de Safaricom, leader de la téléphonie mobile au Kenya (4000 employés et un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars) est un habitué de la manifestation. «On n’y trouve que des décideurs, engagés pour changer les choses», se félicite-t-il. Au programme: commerce et autres réformes dont le continent noir a besoin pour se développer (démocratie, sécurité juridique, intégration régionale, jeunesse, etc.). «Les deux tiers de notre population ont moins de 30 ans, indique Kola Karim. Cela donne une idée du potentiel de longévité de notre croissance.»

Soit. Mais sur les 12 millions de jeunes Africains qui rejoignent la population active chaque année, seul un cinquième accède à un emploi. Comment, dès lors, vendre le rêve africain face à cette flambée du chômage? «On voit l’Afrique comme une zone de ressources naturelles [l’industrie extractive – pétrole, gaz, charbon, or, diamant –, 10% du PIB qui emploie environ 1% de la population], moins comme un continent de valeur ajoutée», déplore Kola Karim. Et de s’interroger: «L’Afrique possède les plus grandes plantations de cacao, Pourquoi n’avons-nous aucune usine de transformation? Les Africains, eux aussi, aiment manger du chocolat. D’autant plus si on ne doit pas l’importer.»

Les capitaux étrangers auraient aujourd’hui moins peur de l’Afrique, affirment ces patrons, pour lesquels la corruption reste le fléau principal. «Si j’avais une baguette magique, c’est la première chose que je changerais, déclare Bob Collymore. Les chefs d’entreprise doivent cesser de fuir leurs responsabilités et ne plus abdiquer face aux politiques. Sinon, le continent ne pourra jamais réaliser son plein potentiel.» Kola Karim complète, non sans humour: «L’Afrique, c’est comme une belle paire de chaussures sales. Il suffit de bien la nettoyer pour en percevoir la beauté et les qualités.»

Selon le directeur exécutif de Shoreline Energy International, formé en Occident (Royaume-Uni et Etats-Unis), l’Afrique ne manque pas de grands entrepreneurs, issus d’écoles internationales réputées. Elle accuse un déficit d’entrepreneurs de taille moyenne. «C’est ce que j’appelle le «missing middle», commente Kola Karim. Les universités ne forment pas assez de cadres intermédiaires. Or, c’est dans les structures employant entre 2 à 20 salariés que se trouve le vrai potentiel de croissance.»

Quel regard porter sur l’Europe? «Nous sommes la solution à votre problème de croissance, estime Kola Karim. Pourquoi acheminer des conteneurs de la Chine en 35 jours, alors que nous pouvons vous en expédier autant en une semaine?»

«L’Afrique compte 54 pays, soit autant de barrières ou d’obstacles bureaucratiques», nuance Mo Ibrahim, pionnier des télécommunications en Afrique et fondateur d’un observatoire de la gouvernance et du développement économique qui porte son nom. L’OMC a signé, en décembre à Bali, un accord pour faciliter les échanges. «Tout dépendra comment les gouvernements le mettront en œuvre, préviennent nos deux interlocuteurs, chantres du panafricanisme. Une Afrique intégrée, unie, est capable de prouesses économiques.»

«Pourquoi acheminer des conteneurs de la Chine en 35 jours, alors que les ports africains sont à vos portes?»

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