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Genève Aéroport craint pour son modèle d’affaires

Cointrin a présenté mardi un nouveau bilan record pour l’année écoulée. Mais la plateforme genevoise est inquiète: l’érosion de ses recettes non aéroportuaires, soit ce qu’elle gagne via les boutiques, s’est aggravée

Ces dernières décennies, Genève Aéroport n’a cessé d’être porté par des vents favorables. Mardi a été l’occasion de rappeler que la météo, sinon le climat, pouvait aussi un jour tourner au désavantage de la plateforme du bout du Léman. «La situation financière de l’entreprise est saine et maîtrisée. Mais l’activité commerciale est sous pression, en raison de difficultés structurelles et conjoncturelles», résume son nouveau directeur général André Schneider.

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Pour l’heure, Cointrin maintient le cap, avec un exercice 2016 positif. Une fois encore, la plateforme genevoise a généré un chiffre d’affaires et un bénéfice en hausse. La performance des ventes s’est établie à 445,3 millions de francs (+5,1%). L’année dernière s’est soldée par un gain net de 80,8 millions de francs (+7,6%), dont la moitié a été reversée au canton, propriétaire de la régie publique autonome.

Nuages à l’horizon

En 2013, Genève Aéroport avait pourtant dégagé 91,6 millions de francs de bénéfices. Et 88,3 millions l’année suivante. Mais c’était avant que l’équilibre entre les recettes aéronautiques – dont environ un quart des revenus totaux provenant des taxes passagers – et celles issues des magasins ainsi que des restaurants présents sur la plateforme ne commence à changer. En défaveur de la seconde catégorie de revenus dits non aéronautiques.

La barre psychologique date de 2009. Pour la première fois depuis des années, les copieuses ressources financières provenant des boutiques, des parkings, de la location de voitures ou encore des loyers de bureaux, ont glissé sous la barre des 50% des recettes totales. A l’époque, la direction de l’aéroport avait évoqué «la crise, les travaux de la galerie marchande et la faiblesse de la livre sterling par rapport au franc», pour expliquer ce phénomène. Même son de cloche en 2016.

Revitaliser les commerces

L’an passé, les revenus non aéroportuaires ont atteint leur plus bas historique (44%). «Ce décrochage est dû au franc fort, au Brexit [la chute de la livre a engendré un manque à gagner de 10% des échoppes hors taxe de la plateforme, ndlr], à la diminution de la clientèle russe et chinoise ainsi qu’aux travaux dans l’aérogare», énumère André Schneider.

Bilan: le modèle d’affaires de Genève Aéroport a pris un coup dans l’aile. Toutefois, une gouvernance revisitée, un nouveau directeur général et une structure opérationnelle flambant neuve viennent contrebalancer cette perte de dynamisme des commerces. Les autorités aéroportuaires assurent être à pied d’œuvre pour «inverser la tendance avec de nouvelles approches, revitaliser les magasins et les restaurants qui ont jusqu’ici bien résisté, tout en améliorant l’accessibilité suite aux différents chantiers en cours».

Second décrochage

Genève Aéroport, qui est appelé à franchir cette année la barre des 17 millions de passagers, traverse une autre zone de turbulences. Institutionnelle. La plateforme doit boucler, d’ici à l’automne prochain, sa fiche PSIA (Plan sectoriel d’infrastructures aéronautiques, que Zurich a mis cinq ans à réaliser), une feuille de route censée délimiter ses conditions d’exploitation et de développement de ses infrastructures. Cointrin a déjà consenti à investir en 2016 le chiffre record de 162 millions de francs pour répondre à sa croissance soutenue. Portant ainsi son endettement net à près de 243 millions, soit à 54% du maximum autorisé.

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Autre décrochage observé, l’an passé: les mouvements d’avions par rapport au nombre de passagers. Les premiers ont augmenté moins rapidement (+0,54%) que les seconds (+4,83%). «Les nouveaux appareils présentent non seulement de plus grands volumes, mais ils sont aussi davantage remplis, affichent de meilleures performances environnementales et font moins de bruit [moins de 10% des appareils produisant d’importantes nuisances sonores circulent après 22 heures, ndlr]», indique André Schneider. Et ce dernier d’ajouter: «Cet été, nous devrions améliorer de 6,2% notre occupation moyenne par siège.» Une évolution que le directeur général de Cointrin espère voir refléter dans le cadre du PSIA.

Sans surprise, EasyJet reste le principal vecteur de croissance de Genève Aéroport. L’an dernier, la compagnie britannique à bas coûts a encore augmenté ses parts de marché à Genève (43,6%, en hausse de 5,6%). Soit à un niveau proche – 46% – des trois principales alliances aériennes réunies, que sont Oneworld, Sky Team et Star Alliance, dont fait partie Swiss (14,4% des parts à Cointrin).

Bond en avant du cargo

Si Londres reste la principale destination depuis le tarmac genevois, avec près de 2,5 millions de passagers en 2016 (+4,5%), d’autres villes, comme Barcelone (+13,2%), Porto (+14,9%), Zurich (+12,7%), Dubaï (+26,9%) ou Manchester (+31,3%), ont connu un gain de popularité. Ceci, principalement entre février et mars, ou de juillet à août, le mois de novembre étant traditionnellement creux pour l’aviation du bout du Léman.

Et si l’année dernière, les mouvements de jets privés et d’avions charter ont plongé de respectivement –4,5% et –16%, le segment du fret – qui accuse une volatilité depuis la crise de 2008 – a repris du poil de la bête, avec plus de 75 000 tonnes de marchandises embarquées (+6,5%).

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