Malgré la concurrence intense qui y fait rage, Genève reste une destination de choix pour les promoteurs de fonds de placement. Le gérant d'actifs américain BlackRock y a renforcé dernièrement son bureau, tandis que les représentants d'autres grandes structures ou de boutiques font régulièrement le déplacement pour promouvoir leurs produits.

«Les banques demandent toujours des nouveautés, des hedge funds, des fonds avec un bon historique ou des produits de niche», relève Heinz Rotacher, directeur de l'antenne suisse de BlackRock. «La demande va en direction des fonds thématiques», observe pour sa part Patricia Kaveh, responsable des ventes pour la France, Monaco et Genève du gérant d'actifs britannique Henderson Global Investors. Aujourd'hui, cela peut être des produits investis en actions technologiques, alors qu'il y a 18 mois l'immobilier coté était très recherché.

Fenêtre sur le Moyen-Orient

«Le marché est ouvert et va encore se développer», souligne Patricia Kaveh. Il n'est pas aussi saturé de produits similaires qu'il peut sembler au premier abord. Sur la même thématique, deux portefeuilles peuvent différer sur leurs styles et leurs processus de gestion, l'un étant par exemple indiciel et l'autre concentré.

Genève est la capitale mondiale de la gestion de fortune, et de nouvelles représentations se créent régulièrement. Actuellement, la plupart sont le fait de banques du Moyen-Orient. «Pour nous, Genève est aussi un moyen de nous adresser aux investisseurs de cette région sans avoir besoin de résoudre les problèmes qu'impliquerait une présence sur place», ajoute Patricia Kaveh.

Genève est aussi un cas méritant un traitement sur mesure. Auparavant, les firmes anglo-saxonnes couvraient la place depuis Zurich, une solution insatisfaisante en raison des différences culturelles. Il reste que trouver le personnel adéquat pour disposer d'une représentation dans la cité de Calvin est difficile. De sorte que de nombreuses maisons desservent la place depuis l'étranger, souvent Paris.

C'est le cas de Henderson, mais aussi de boutiques comme les françaises Metropole Gestion et Financière de Champlain, ou le gérant d'actifs suédois spécialisé sur l'Europe de l'Est East Capital. «Travailler avec des gérants genevois est agréable», observe Raoul Chevignard, chargé de clientèle chez ce dernier. Comparés à leurs homologues d'autres villes, ceux-ci font partie des plus sophistiqués.

Disposer d'une palette complète de fonds gérés en interne n'est plus une priorité. Le développement va dans le sens des «architectures ouvertes», c'est-à-dire de gammes des meilleurs produits, même si ceux-ci proviennent de l'extérieur.

Sélection de gérants

Une autre tendance est de proposer des produits portant la marque de la maison, mais dont la gestion est confiée à des tiers. Par exemple, les fonds socialement responsables de LODH sont gérés par Generation Investment Management, une société américaine présidée par Al Gore.

Cependant, les fonds LODH sont encore en majorité gérés en interne. La situation est similaire chez Pictet & Cie. Par contre, à l'Union Bancaire Privée, ce cas de figure est devenu une exception. «Comme dans la gestion alternative, nous nous concentrons sur la sélection des gérants», souligne André Gigon, responsable de la distribution des fonds. Selon ce dernier, il est toutefois important de conserver des produits portant le label maison, même si la gestion est confiée à d'autres. «De nombreux clients recherchent des produits portant un nom connu.»

Le cas inverse existe aussi, mais il est exceptionnel. Ainsi, la Banque Gonet & Cie gère deux portefeuilles, l'un en actions suisses et l'autre axé sur la thématique de la sécurité, pour le luxembourgeois Callander Fund.