Ce n’est pas encore l’euphorie, mais les autorités genevoises ont désormais bon espoir de pouvoir réduire l’utilisation de mazout ou de gaz riches en émanations de CO2 grâce à l’installation de systèmes de récupération de chaleur dans le sous-sol, à une profondeur de 1000 à 2000 mètres.

«Le potentiel de couverture des deux tiers des besoins en chaleur des ménages du canton grâce à la géothermie se confirme», affirme Antonio Hodgers, conseiller d’Etat en charge de l’énergie. Cette déclaration se base sur les premiers résultats des études de terrain annoncées mardi par les Services industriels genevois (SIG) en charge du projet.

Après deux ans de sondages en surface au moyen de camions-vibreurs qui ont cartographié le sous-sol en traversant 30 communes genevoises et 8 vaudoises sur une distance de 75 km, SIG conclut à la présence de cinq zones propices à la géothermie de moyenne profondeur.

«Nous cherchons des nappes d’eau chaude dont le débit et la quantité doivent être suffisants», rappelle Christian Brunier, directeur de SIG. Pour l’instant, les sondages ont permis de détecter la présence de nappes d’eau à faible profondeur (10 à 100 mètres) déjà exploitables. Mais en géothermie, plus c’est profond plus c’est beau. Il faut descendre à 500 mètres pour obtenir de l’eau à 25 degrés, mais atteindre 3000 mètres pour dégager 120 degrés.

Jusqu’à 2000 mètres la chaleur est exploitable en tant que telle, mais elle est insuffisante pour produire de l’électricité avec un rendement suffisant. Seule la géothermie profonde, dès 3000 mètres, largement subventionnée par la Confédération, le permet.

Après le brusque arrêt des travaux à Bâle et Saint-Gall en 2006 et 2013, notamment à cause de risques sismiques, le projet le plus avancé se situe aujourd’hui dans le Jura (Haute-Sorne), où un forage exploratoire à 4000 mètres a été autorisé en juin 2015.

«La production d’électricité n’est pas notre premier objectif. Genève se concentrera sur le chauffage», souligne Antonio Hodgers. «L’idée de produire du courant n’est cependant pas jetée à la poubelle», ajoute Christian Brunier.

«Nous avançons étape par étape et très prudemment. Surtout si nous étions amenés à autoriser une technique de stimulation hydraulique», souligne Luc Barthassat, conseiller d’Etat en charge du département de l’environnement. La deuxième étape de la campagne de sondage, par forages de contrôle d’une profondeur de 100 à 800 mètres, comporte aussi la pose de capteurs afin d’évaluer le risque sismique.

Le Conseil d’Etat genevois se penchera le 18 mai sur un projet de révision totale de la loi sur les mines destinée à encadrer la géothermie et à empêcher tout forage destiné à exploiter un gisement de pétrole, ou de gaz traditionnel ou de schiste.

SIG dispose d’un crédit de 20 millions de francs, utilisé aujourd’hui à hauteur de 3,5 millions. Un forage exploratoire de moyenne profondeur est prévu dès 2018 afin de certifier la présence et le volume de nappes d’eau chaude à trois niveaux souterrains. La chaleur devrait jaillir dans les foyers dès 2020.