Le 1er juillet dernier est entré en vigueur l'accord bilatéral sur la fiscalité de l'épargne. «De façon générale, on observe une tendance très nette en faveur de plus en plus d'échange d'informations, de réglementations à respecter», constate Catherine Martin-Mathy, spécialiste du conseil juridique et fiscal chez JP Morgan Private Bank à Genève. L'évasion fiscale est de plus en plus traquée. «Il est désormais plus facile de réunir les conditions pour qu'il y ait échange d'informations», note la conseillère. Les besoins des clients évoluent vers des schémas transparents, «où tout est carte sur table». Les banques privées s'orientent donc vers l'optimisation fiscale dans les limites de ce qu'il est encore possible de faire. «Epiés» par les autorités fiscales, les montages sont plus complexes et coûteux qu'auparavant. Dès lors, il s'agit pour les clients d'évaluer si les coûts de telles structures n'en excèdent pas les bénéfices. Cette situation a créé un besoin de structures et de produits avantageux pour les gros patrimoines privés.

Pour répondre à ce besoin, «la place de Genève a émergé comme le centre d'expertise multi-juridictionnelle», souligne Catherine Martin-Mathy. JP Morgan Private Bank a ainsi fait de Genève son centre de compétence pour les fortunes internationales: «Notre activité ici a pour particularité d'offrir une expertise transnationale qu'on ne trouve pas dans les autres villes d'Europe», explique la spécialiste, qui s'adresse à des fortunes fréquemment de l'ordre du milliard de dollars.

Une «gare de triage»

Cela consiste à rechercher la solution la plus cohérente d'optimisation successorale et fiscale, à travers toute la panoplie des juridictions du monde. Le client sera par exemple guidé vers le «booking center» ou la juridiction la plus adéquate fiscalement pour domicilier son compte. Les clients transnationaux disposent typiquement d'un patrimoine réparti dans divers pays, qui peut inclure des propriétés immobilières, des collections d'œuvres d'art, des bateaux, etc. Selon Catherine Martin-Mathy, une banque domestique établie en France, par exemple, sera rarement équipée pour conseiller un client international sur la meilleure structure, compte tenu des traitements fiscaux divers selon les pays. «Un client international qui s'adresserait à une banque italienne ou française se verra offrir une solution locale, que le spécialiste maîtrise le mieux, et non pas forcément celle qui est dans le meilleur intérêt du client.»

Genève se dessine donc comme la «gare de triage», ou centre d'expertise transnational, tandis que les autres villes d'Europe offrent des expertises locales. «Nos clients ne viennent donc pas à Genève seulement pour le secret bancaire ou le dépôt de leurs avoirs, assure Catherine Martin-Mathy. Cette dimension traditionnelle de la Suisse est de moins en moins importante».