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Genève est au centre d’une affaire de fraude de 1,2 milliard de francs

Les économies de milliers de Chinois, investies dans deux sociétés à Genève et à Zurich,se sont volatilisées. L’affaire fait scandale en Chine, tandis que l’enquête suisse débute

Genève est au centre d’une affairede fraude de 1,2 milliard de francs

Justice Les économies de milliers de Chinois, investies dans deux sociétésà Genève et à Zurich,se sont volatilisées

L’affaire fait scandale en Chine, tandis que l’enquête suisse débute

Comment dit-on Adrien-Lachenal en chinois? Le soir du 12 février dernier, le nom de cette rue genevoise apparaît en grand sur le 13e canal de la télévision d’Etat de la République populaire, celui consacré aux informations en continu. Une journaliste, suivie de caméras, est à la recherche d’une petite société, API Premiere. Des milliers de petits épargnants chinois lui auraient confié des économies.

Or, quelque 1,2 milliard de francs y auraient disparu. La TV chinoise découvre des locaux vides. Le locataire a pris le large. API Premiere avait pourtant multiplié les promesses de gains. Vendant du matériel informatique facilitant le négoce de devises, elle disait aider ses clients à réaliser des gains rapides sur le marché des changes. C’est ainsi qu’elle les aurait convaincus de lui confier des fonds. L’affaire attire de nombreux clients, particulièrement de Hongkong et de Chine continentale. Puis c’est le coup d’arrêt. En janvier 2015, elle annonce à ses clients qu’elle est victime d’une attaque de hackers et que leurs fonds ne sont plus disponibles. Depuis, c’est le silence radio. Ses détenteurs ont disparu. La visite à Genève le 25 mars dernier de 24 clients chinois inquiets, relatée par L’Agefi, ne change rien à l’affaire.

En fait, les ennuis avaient commencé bien plus tôt, glisse un proche du dossier. API Premiere est en fait domiciliée à Zurich, ville où elle a été fondée en 1955 sous un autre nom. En 2013, elle est rachetée par deux investisseurs, un Philippin et un Australien. Le premier a aussi fondé à Genève une petite entité, Alpen Asset Management. Le duo confie l’administration des deux sociétés à un ancien de Swissquote. Il les soumet même à la supervision de l’Organe d’autorégulation en matière de blanchiment d’argent des gérants de patrimoine, l’OAR-G. Puis part en quête de clients, essentiellement à Hong­kong, en vantant la solidité et la sécurité de la Suisse.

Dès le printemps 2014, certains d’entre eux s’inquiètent: ces sociétés sont-elles vraiment sûres? Et ce qu’ils découvrent les inquiète. En fait, l’OAR-G a renoncé à les superviser car elles ne gèrent pas de fonds. Aucune autre instance de contrôle n’a la moindre idée de ce qu’elles font. Pas même la Finma, le gendarme des marchés financiers suisse. Et pour cause, ces deux sociétés, officiellement, ne font que distribuer du matériel informatique et ne gèrent pas de fonds.

Alertée par ces mêmes clients inquiets, la Finma mène sa propre investigation, toujours selon notre source. Et découvre, notamment, que les locaux de la rue Adrien-Lachenal ne seraient absolument pas utilisés. Ils ne serviraient que d’écran de fumée lors de visites de clients asiatiques.

Avant même la fin de l’enquête du gendarme financier, les Chinois déposent plainte pénale en septembre dernier auprès du Ministère public genevois pour escroquerie. Ils sont rejoints par l’administrateur des deux sociétés. L’enquête est confiée à la procureure Karin Wirthner Zinggeler. Le 26 mai, la Finma ordonne la faillite immédiate des deux sociétés. Un acte d’autorité qui tranche avec une première déclaration, le 16 janvier dernier, dans laquelle elle indiquait ne pas les avoir soumises à sa surveillance.

Plaignants et enquêteurs soupçonnent le duo d’avoir escroqué leurs clients chinois en dirigeant les fonds de ces derniers non pas vers des comptes d’API Premiere et d’Alpen Asset Management en Suisse, mais vers des sociétés aux noms très proches – comme Alpen International – domiciliées à Hong­kong, à Singapour et en Nouvelle-Zélande. Suivant ces soupçons, le Ministère public genevois a lancé une commission rogatoire auprès des autorités judiciaires de la métropole chinoise, selon une source proche du dossier. Mais l’enquête risque d’être longue, compliquée par l’implication de plusieurs juridictions distantes les unes des autres.

Les locaux genevoisne serviraient que d’écran de fumée lors de visites de clients asiatiques

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