Compétitivité

Genève évalue son pouvoir de séduction

La fiscalité constitue le principal critère d’implantation des multinationales dans le canton. Vient ensuite 
la main-d’œuvre qualifiée, selon un rapport des milieux patronaux. D’où l’enjeu vital de la réforme de l’imposition des entreprises

Rien ne va plus. Genève s’expose à une perte d’attractivité pour les entreprises étrangères. Pour en jauger l’ampleur, la Chambre de commerce, d’industrie et des services du canton, ainsi que la Banque cantonale genevoise, ont mandaté le Laboratoire de l’Université de Genève. Un rapport a été présenté jeudi. Bilan: la fiscalité est l’élément le plus déterminant d’une installation de multinationale dans le canton. Suivie de la main-d’œuvre qualifiée notamment.

L’état des lieux dressé par les auteurs du rapport est à la fois impressionniste et bientôt caduc. Tout d’abord, l’échantillon testé, soit six entreprises qui se sont installées à Genève en 2014, n’est pas représentatif de tous les candidats à une relocalisation dans le canton. Ensuite, le contenu de l’analyse passe en revue les conditions fiscales actuelles, soit avec le régime de statuts spéciaux appelé à disparaître prochainement. L’exercice ressemble à un plaidoyer qui ne dit pas son nom. Il appelle à une approche attentive de la réforme fiscale des entreprises (RIE III) en cours de discussion et de la mise en œuvre des votations du 9 février. Explications.

Genève, dont le succès s’adosse en partie à des acquis historiques, est prisée pour son dynamisme économique, son environnement international, son cadre de vie (espaces verts et montagne!) ainsi que ses infrastructures de qualité, énumère le rapport. L’interaction avec l’administration publique, les connexions internationales, la mobilité intra-urbaine, le soutien aux start-up, la flexibilité du droit du travail et l’image globalement positive de la Cité, sont autant de critères qui viennent s’ajouter aux atouts de la ville du bout du lac. Toutefois, certains facteurs dissuasifs viennent ternir le tableau. Comme un coût de la main-d’œuvre, surtout depuis le franc fort, «largement supérieur aux villes concurrentes», selon l’étude. La pénurie et le niveau élevé des loyers font aussi partie des faiblesses de Genève. Voilà pour le décor.

La Genève de l’Asie

Contre qui doit se battre Genève? Les entreprises interrogées identifient cinq concurrents: Lausanne, Zoug, Zürich, Londres et Dublin. L’étude, elle, ajoute Singapour – surnommée la Genève de l’Asie – comme sixième et unique rival extra-européen du panel. Pour la comparaison des différents régimes fiscaux, les auteurs ont pris uniquement le traitement prévu pour les sociétés mixtes ou simples. Car ce postulat correspond au profil le plus courant des entreprises étrangères venant à Genève. Résultat: la Cité de Calvin présente le taux simple d’imposition sur les bénéfices le plus élevé (24,2%), contre par exemple 12,5% pour Dublin. Mais si l’on considère les statuts spéciaux (taxe moyenne de 11,6%, représentant 20% des revenus fiscaux genevois en 2011), le canton dame le pion à toutes ses concurrentes étrangères.

Ce que ne dit pas le rapport: avec un barème unique avoisinant les 13%, comme préconisé par les autorités dans le cadre de RIE III, Genève se classerait théoriquement en 2e place (selon les critères de sociétés mixtes et simples retenus pour l’analyse). Et en élargissant la comparaison à tous les pays d’Europe, elle finirait, 3e ex aequo avec le Liechtenstein, derrière l’Irlande et la Bulgarie (10%).

Le double de salaires

Le volet concernant les salaires bruts est plus tranché: Genève est – le franc fort aggrave la situation – la ville la plus chère du panel. Et de très loin parfois. Le coût d’un auditeur interne, par exemple, y est plus de deux fois plus élevé qu’à Dublin ou à Singapour (1,5 fois supérieur à Londres). Idem en ce qui concerne des responsables de la vente ou du marketing. L’écart est toutefois beaucoup moins marqué pour la fonction de directeur financier. Pire: la rémunération horaire d’un ouvrier à Singapour est environ trois fois inférieure à celle en Suisse, elle-même entre 30% et 50% supérieure aux salaires britanniques, allemands, irlandais ou français. Alors que dans le secteur des services, le coût horaire helvétique est de 41 euros, contre 25 euros en Irlande et 19 euros au Royaume-Uni.

En conclusion, le rapport rappelle que la valeur ajoutée des multinationales représente 27,8% des emplois genevois (un peu plus de 76 000 postes) et 38,4% du PIB cantonal, dont 22% rien que pour les seules entreprises transfrontalières étrangères, soit 8,6 milliards de francs.

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