La nouvelle usine du campus genevois de Firmenich est capable d’assembler au vingtième de millilitre près quelque 1400 ingrédients différents, 24h sur 24. Son nom de code: Léman. Inauguré ce mardi, soit le jour des 121 ans du groupe familial, le site de Meyrin surclasse à présent en taille, en volumes traités et en technologie de pointe utilisée les 28 autres fabriques qu’exploite la multinationale dans le monde.

Lire aussi: «Nos clients veulent que Firmenich fasse preuve de moins de retenue dans son approche commerciale»

Fleuron 4.0 du numéro deux mondial des arômes et des parfums, le dispositif permet aujourd’hui d’assurer à lui seul un quart de la production mondiale de Firmenich. Soit quelque 24 000 tonnes de fragrances par an (contre environ 20 000 pour son concurrent Givaudan situé à Vernier). «Le rendement a été amélioré de près d’un tiers par rapport aux anciens équipements. Mais il peut être poussé à plus de 33 000 tonnes [ndlr: 35% de la production totale de la multinationale genevoise], sans investissement supplémentaire majeur», confie son directeur financier Eric Nicolas.

Aggiornamento manufacturier

Firmenich a mis environ trois ans et dépensé plus de 60 millions de francs pour refaire à neuf son usine Parfumerie de Meyrin, doublant au passage la superficie du bâtiment. Le périmètre, peint en bleu et devenu moins gourmand en eau (-30%) comme en énergie (-20%), s’étend à présent sur quelque 27 000 m2 ventilés sur trois étages.

A l’intérieur de l’espace revisité qui tutoie toujours le siège du groupe: un environnement presque entièrement robotisé, dont une capacité de stockage équivalent à 12 000 palettes, avec 25 véhicules autoguidés pour l’acheminement des composants provenant en partie du site de la Plaine. Mais aussi quatre lignes de fabrication assistées par ordinateur et alimentées via 60 km de tuyauterie dernier cri. Ce dispositif complexe coiffe une plateforme où le moindre courant d’air peut influencer les dosages calibrés à la goutte près. Le tout est supervisé par un effectif inchangé de quelque 180 employés.

«Cette nouvelle usine est la plus sophistiquée au monde», résume Alberto Morillas, 47 années de recherches chez Firmenich au compteur, à l’origine de 450 fragrances de luxe et aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands «cuisiniers des odeurs» au monde.

La Silicon Valley des odeurs

Léman a été qualifié par le ministre genevois de l’Economie Pierre Maudet de porte-étendard de l’industrie du bout du lac en matière d’innovation. Au même titre que le nouveau laboratoire automatisé de Covance – également basé à Meyrin – qui, en avril dernier, a été présenté comme le plus grand site de sous-traitance pharmaceutique d’Europe. «Nous aurions pu choisir de construire notre usine de dernière génération en Inde, mais nous avons préféré miser sur Genève, soit là où se trouvent nos compétences les plus pointues», indique Gilbert Ghostine, directeur général de Firmenich, dont le chiffre d’affaires s’est étoffé de 6% à 3,2 milliards de francs sur l’exercice décalé 2015/2016.

Et le nouveau président du groupe familial Patrick Firmenich d’ajouter: «Cet investissement est le plus important que nous ayons jamais réalisé dans le canton cette dernière décennie. Mais ce n’est qu’une étape dans notre développement local.»

Traduction: d’autres projets phares pourraient être annoncés dans un avenir proche. Comme par exemple certains liés aux terrains occupés par Firmenich dans le quartier de la Jonction, sur des terrains convoités par l’Etat dans le cadre de son grand projet urbanistique Praille-Acacias-Vernets.