Probus et Pleion cherchaient d’abord une collaboration à Monaco. Mais ce partenariat local et ponctuel ne s’est pas concrétisé. Au lieu de cela, les partenaires ont engagé des discussions pour un rapprochement bien plus large. Trois ans plus tard, ces négociations ont abouti à l’une des fusions les plus importantes parmi les gérants indépendants genevois: la nouvelle entité comptera près de 4 milliards de francs sous gestion, ont annoncé les deux sociétés mardi.

«Ces premiers contacts ont dévoilé une vraie communauté de vues sur la manière dont nos groupes devaient décliner leurs activités», a détaillé au Temps Bernard Bonvin, l’un des actionnaires principaux de Probus. «Nous avons privilégié une approche directe, sans intermédiaire jusqu’au dernier moment, afin de permettre une vraie fusion d’égal à égal», a ajouté Patrick Héritier, directeur de Pleion et de la nouvelle entité résultante de la fusion. Dans ce même souci d’équilibre, cette dernière affichera les deux noms: Probus Holding chapeautera Pleion qui, elle-même, intégrera les activités de gestion de fortune de Probus.

200 employés

Avec 200 employés, dont 60 en Suisse, la nouvelle société comptera six bureaux en Suisse et une présence à Bangkok, Dubaï, Luxembourg, Monaco, Moscou et l’île Maurice. Cette dernière représentation compte une centaine de personnes, dont une partie dans l’informatique et les services, mais aussi dans la finance mauricienne. Outre la gestion de fortune, Pleion est très présent dans l’émission de dette, par exemple. «Nous avons réalisé certaines des émissions obligataires les plus importantes du pays, dont la seule qui a eu lieu pendant un confinement et sans l’aide de banques», a précisé Patrick Héritier.

Lire aussi: Paul Kohler: «1875 Finance ne va pas fusionner avec la banque Reyl»

Les deux partenaires avancent une complémentarité importante, plutôt que des synergies: «Pleion est particulièrement reconnu pour la gestion de fortune en Suisse et en Europe, tandis que Probus l’est davantage dans la structuration patrimoniale, la gestion de funds et le family office, notamment», a ajouté Patrick Héritier.

«Complexification»

Une fusion était-elle nécessaire pour la survie de ces deux sociétés fondées au début des années 1980? «C’est une réalité: les revenus diminuent avec la réglementation qui s’accroît, tandis que la concurrence s’intensifie. En outre, les dépenses et les investissements nécessaires pour faire face aux défis futurs, dont la technologie et la gestion du risque, augmentent aussi», a estimé Patrick Héritier. «L’environnement est effectivement devenu plus difficile, a aussi souligné Bernard Bonvin, qui constate en particulier une «complexification de notre activité dans ses éléments centraux, comme la gestion de fortune et la gestion d’actifs, ou périphériques, comme la prévoyance ou la planification fiscale».

Conclusion des deux parties: «Il faut avoir une taille plus importante pour avoir du succès.» Mais pas au point de devenir une banque: «C’est même l’inverse, il ne faudrait pas que l’on devienne une banque si l’on veut rester au service du client. On les choisit pour eux, en fonction de leurs demandes et besoins, ainsi nous n’avons pas de conflits d’intérêts», a précisé Patrick Héritier.