L’envol du franc, après le 15 janvier, a suscité beaucoup d’émotion. «Parfois même, une certaine précipitation», déplore Nicolas Aune, secrétaire général de l’Union industrielle de Genève. Mercredi en fin de journée, devant un parterre composé d’une centaine d’entrepreneurs et autres acteurs de l’économie locale ou romande, ses homologues du Service de la promotion économique de Genève (SPEG), de l’Office de promotion des industries et des technologies, celui de l’Emploi, de la Fondation d’aide aux entreprises (FAE) et autres organes de soutien au développement de sociétés, ont à tour de rôle pris la parole pour présenter les outils actuellement à disposition pour atténuer les effets de l’abolition du taux plancher.

«Il ne faut pas réduire les salaires ou tomber dans la tentation de vouloir payer ses employés en euros, car c’est illégal, poursuit Nicolas Aune. La seule option autorisée, sous certaines conditions précises, est l’augmentation des horaires de travail à salaire égal.» Des «mesures drastiques», selon lui, qui, comme les licenciements, n’affecte pour l’heure qu’une portion relativement marginale du tissu économique du pays. «Selon un pointage interne de Swissmem, dont j’ai pu prendre connaissance ce début de semaine, 96% des entreprises n’y ont pas eu recours», se félicite-t-il.

Les banques abuseraient du 15 janvier

Pas encore? Pierre Maudet, conseiller d’Etat genevois en charge de l’Economie, se veut plus imagé pour décrire la situation. «Nous avons pris un sérieux coup de gourdin il y a trois mois. La douleur doit encore se diffuser, sans que nous sachions exactement où cela va faire le plus mal», estime-t-il. Et le ministre PLR d’ajouter: «A part l’industrie, il faut aussi penser à l’hôtellerie et au commerce de détail qui sont d’importantes victimes directes du franc fort. Toutefois jusqu’ici, le secteur secondaire a bien joué le jeu, sans surréagir ou gesticuler inutilement. A contrario du secteur bancaire, lequel a un peu trop profité de cet argument pour réaliser des licenciements de masse.»

D’après l’édile, le salut de l’industrie genevoise doit passer par l’amélioration de sa productivité et de sa compétitivité, à travers notamment de meilleurs canaux de financement. Choses qui «ne se décrètent pas, mais se travaillent», précise-t-il, en relevant au passage une rencontre autour d’un déjeuner il y a environ deux mois avec des représentants de l’UBS, du Credit Suisse et de la Banque cantonale de Genève pour paver un nouveau sentier censé faciliter le crédit aux entreprises. «Je compte déposer un projet de loi visant à instaurer un fonds d’aide aux entreprises doté d’un mécanisme de compensation de risque de taux de change. Ceci, afin de compléter le dispositif dont dispose déjà la FAE», souligne-t-il. Le débat politique à ce sujet doit prochainement débuter.

Le défi des nouveaux marchés, du 9 février et de la relève

Le Forum de mercredi n’avait pas pour objectif d’évoquer la prospection de nouveaux marchés – hors zone euro – pour les entreprises. Ce qui n’a pas empêché Pierre Maudet d’effleurer le sujet. «Le Conseil d’Etat encourage les sociétés intéressées à trouver de nouveaux débouchés, que ce soit en Amérique du Nord, comme au Canada, ou ailleurs», indique-t-il. Le canton a organisé à plusieurs reprises ces dernières années des missions économiques en Chine. Il en prépare une nouvelle, en présence d’une délégation gouvernementale genevoise, aux Emirats arabes unis fin mai prochain. Avec pour thèmes notamment les secteurs horloger, hôtelier, aéronautique ou encore des cliniques privées. «Et nous sommes en train de monter un projet de visite à Singapour», relève Daniel Loeffler, directeur du SPEG.

Autre thème de préoccupation pour les autorités genevoises, à part l’enjeu décisif de la mise en œuvre du vote contre l’immigration de masse du 9 février 2014: la relève dans l’industrie. «Swissmem estime que le secteur devra repourvoir 80 000 emplois à l’horizon 2020, en raison de départs à la retraite. Ce défi imminent ne pourra être remporté sans une formation adéquate de nos jeunes», conclut Pierre Maudet.