La filiale genevoise du groupe Landis & Gyr Communications (LGC), qui regroupe 160 collaborateurs dans le quartier de la Servette, risque de tomber en faillite. Des négociations se poursuivent avec un repreneur. La justice genevoise a été informée des risques financiers qui pèsent sur le groupe. Dans les jours qui viennent, les juges devront, selon nos informations, se déterminer entre l'octroi d'un sursis concordataire, l'ajournement de faillite ou la faillite pure et simple. LGC a été confrontée cet automne à une rapide panne de liquidités après que certains de ses clients ont retardé leurs paiements (lire Le Temps du 22 décembre 2000). En décembre dernier, un consortium de sept banques a subitement exigé le remboursement anticipé d'un crédit d'un montant de 120 millions de francs.

Salaires versés

Mercredi, lors d'une séance d'information à destination des 160 collaborateurs de la filiale genevoise, le patron du groupe, François Gabella a précisé travailler sur deux scénarios principaux: une reprise de l'ensemble des activités ou un rachat morcelé des divers développements assurés par ce groupe spécialisé dans la technologie des publiphones.

Alors que LGC employait encore 250 collaborateurs en septembre 1999, l'entreprise en a perdu 90 en un an. Selon nos informations, plusieurs jeunes ingénieurs se demandent aujourd'hui s'ils ont un avenir dans ce groupe qui prend l'eau de toutes parts. LGC est donc engagée dans une course de vitesse afin de garder dans ses rangs ce savoir-faire, l'actif le plus précieux d'une société industrielle qui ne possède aucun bien immobilier.

Les salaires de décembre ainsi que le treizième salaire ont été versés, précise François Gabella. Cependant, les salaires du mois de janvier ne sont pas garantis. En revanche, souligne le patron du groupe, «notre carnet de commandes a augmenté de 25%». François Gabella n'indique pas si les chiffres de sa société sont noirs ou rouges, et précise que son chiffre d'affaires avoisine les 250 millions de francs. La filiale genevoise n'est pas la seule entité du groupe à connaître des difficultés. L'une après l'autre, les sociétés du groupe déposent leur bilan. La filiale britannique a cessé ses activités alors que la maison mère luxembourgeoise, Landis & Gyr Communications International Holdings, vient de déposer son bilan, dans l'incapacité de régler le commandement de payer de 120 millions de francs adressés par les banques.

En lâchant le groupe, les banques pourraient bien avoir signé son arrêt de mort. En redressement judiciaire, la filiale française – qui emploie 107 collaborateurs – tente de s'en sortir par ses propres moyens, relèvent Les Echos dans leur édition de mercredi. Située à Valence, cette filiale est le centre de compétence de LGC pour la carte à puce et les publiphones de tout le groupe.

La solution de trouver un repreneur est souhaitée

LGC est contrôlée à raison de 90%, précise François Gabella, par le groupe d'investissement texan Texas Pacific Group (TPG). Suite à la défaillance des banques, TPG a pris leur relais pour assurer un crédit-pont et donner ainsi aux industriels intéressés le temps d'étudier en profondeur l'état de la société. Les besoins de financement de LGC sont cependant trop importants pour permettre à l'actionnariat d'envisager rapidement une opération de recapitalisation. Directeur des affaires économiques du canton de Genève, Jean-Charles Magnin précise de son côté «souhaiter qu'une solution soit trouvée avec un repreneur».

LGC est l'héritière d'une des principales firmes industrielles de Genève, la société Sodeco-Saia. C'est aussi l'une des dernières entreprises encore établies au centre de Genève, dans le quartier populaire de la Servette. Avec un effectif genevois de 550 personnes, LGC a longtemps été l'un des plus gros employeurs industriels de Genève.

En septembre 1999, l'industriel genevois Jean-Claude Vaudroz a annoncé le rachat d'une partie de la production électronique de LGC. Cette opération a permis de sauvegarder une centaine d'emplois et de créer une nouvelle société, Swonics SA. Selon nos informations, LGC est de loin le principal client de Swonics SA. Les deux sociétés auraient aussi des liens financiers: LGC contrôlerait encore environ 30% de la société Swonics. Patron de Swonics SA, Jean-Claude Vaudroz était hier inatteignable pour préciser la nature des liens entre ces deux entreprises.