Justice

A Genève, le mystère du piratage de Mossack Fonseca reste entier

Le Ministère public a classé la procédure visant l’ancien informaticien de l’antenne genevoise. La firme, impliquée dans les Panama Papers, avait porté plainte après avoir constaté une nouvelle fuite massive de données. La police évoque la piste de services secrets

En plein scandale des Panama Papers, la nouvelle de l’arrestation d’un informaticien de l’antenne genevoise de la firme Mossack Fonseca avait fait le tour du monde. Ce ressortissant espagnol, âgé de 54 ans, suspecté d’avoir soustrait un volume gigantesque de données depuis ses deux postes, peut désormais souffler. Le procureur Claudio Mascotto a décidé de classer la procédure ouverte contre le prévenu faute de pouvoir étayer les soupçons et faute d’avoir pu obtenir la collaboration du cabinet qui avait porté plainte.

Piratage contesté

Les avocats de l’informaticien, Mes Thomas Barth et Romain Jordan, ont annoncé ce jeudi la récente décision, datée du 4 décembre, qui met un point final à l’instruction, sous réserve de faits nouveaux. La procédure n’est pas tout à fait terminée car la défense entend malgré tout recourir contre les 21 000 francs de frais d’enquête mis à charge de leur client pour avoir mal surveillé le parc informatique placé sous sa responsabilité et sans doute réalisé l’existence de l’infection sans avertir sa direction. Cet autodidacte, employé depuis seize ans chez Mossack Fonseca et père de trois enfants, a toujours nié avoir piraté des données ou avoir été un lanceur d’alerte. Ses prétentions, environ 85 000 francs pour tort moral, perte de gain et frais de défense, ont été balayées dans la même ordonnance.

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Arrêté le 31 mai 2016, prévenu notamment d’abus de confiance, soustraction de données, accès indu à un système informatique, détérioration de données et violation du secret professionnel, il a passé près d’un mois en détention provisoire avant d’être libéré avec l’obligation de déposer son passeport. L’intéressé, qui s’était vu notifier son licenciement pour motif économique un mois avant son interpellation, n’a toujours pas retrouvé de travail. Selon ses avocats, il a très mal vécu la procédure ainsi que son séjour en prison.

Services secrets impliqués?

«Il n’était pas le fameux John Doe», résument ses défenseurs. D’ailleurs, les faits reprochés à l’informaticien étaient postérieurs à la fuite des 11 millions de documents à l’origine des Panama Papers. Un imitateur alors? Me Jordan ajoute que l’enquête a permis de déterminer qu’un logiciel malveillant avait infecté le poste de ce responsable. Ce système sophistiqué faisait en sorte de siphonner les données de clients sur le serveur central du bureau d’avocats au Panama, et exportait ensuite automatiquement les informations (35 GB au total) vers l’adresse d’un site en Malaisie.

Les soupçons se sont portés sur l’informaticien en raison de l’augmentation des connexions de son poste aux fichiers confidentiels (2500 par jour au lieu de 50 environ) à partir de fin avril 2016. Lorsqu’il a pris des vacances, ces connexions se sont arrêtées. Une fois ses ordinateurs éteints, le logiciel ne fonctionnait pas. «Mossack Fonseca avait déjà découvert et bloqué un cheval de Troie identique à son bureau de Panama City avant de déposer plainte à Genève», indique Me Jordan. Il ajoute que ce type de fichier aurait déjà été repéré dans des opérations conduites vraisemblablement par les services secrets kazakhs contre des opposants. Le rapport de la police genevoise, se fondant sur les constatations publiées par une ONG américaine, souligne les similitudes (programme et site malaisien) entre ces attaques.

Regrets

En mai 2017, l’antenne genevoise de Mossack Fonseca, comme la plupart de ses 47 autres bureaux de par le monde, a fermé ses portes et tout le personnel a été licencié. Me Thierry Ulmann, qui représente la société à Genève, «regrette mais comprend que la justice n’ait pas les moyens d’aller au bout de cette enquête qui ne concerne plus vraiment Genève». L’avocat précise que les demandes faites à la firme étaient trop imprécises. «Les noms des clients et autres informations sensibles ne pouvaient être ainsi divulgués au procureur sans mettre à mal le secret professionnel.» Me Ulmann se dit enfin «franchement désolé pour l’informaticien qui a enduré des moments extrêmement difficiles».

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