Fortune

A Genève, les Pâquis se profilent en tant que niche pour les super-riches

Le Wealth Report 2017 compare le «quartier chaud» du bout du Léman au Notting Hill des années 1970. Un eldorado, appelé à s’embourgeoiser et où les fortunes de plus de 30 millions de francs peuvent encore acquérir des propriétés à des prix intéressants

Le quartier populaire des Pâquis à Genève est-il en passe de devenir la nouvelle terre d’accueil des super-riches de ce monde? «L’évolution de cette zone sera comparable à celle de Kings Cross, à Londres. Moyennant des travaux modiques, ce secteur d’habitation a retrouvé toute sa splendeur. Et après avoir rendu leur cachet à des bâtiments dotés de caractère, l’endroit est devenu à la mode», résume Alex Koch de Gooreynd, responsable du bureau helvétique de Knight Frank, une société immobilière spécialisée dans la vente de logements d’exception.

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Selon le Wealth Report 2017, 11e édition du genre présentée ce mardi en Suisse romande et publiée en partenariat avec Naef Prestige, la planète dénombre désormais 193 490 personnes possédant une fortune nette disponible supérieure à 30 millions de francs. Ce club des «Uhnwi» – pour ultra high net worth individuals –, composé de 2570 personnes à Genève et de 2370 à Zurich, rêverait donc d’investir ou de s’installer dans le quartier genevois situé entre la rive droite du Léman et la gare de Cornavin.

«L’un de mes clients moyen-orientaux de la City, qui connaît Genève, n’attend qu’une chose: investir aux Pâquis, confirme Alex Koch de Gooreynd. D’ailleurs, il ne se passe pas une semaine sans que 10 à 15 super-riches me parlent de leurs projets de mettre un pied dans cette ville.»

Milliardaires, prostituées et dealers

Le Wealth Report 2017 se base sur les témoignages de 900 banquiers privés et autres spécialistes du patrimoine à travers le monde. Un sondage qui place Genève et Zurich en, respectivement, 8e et 11e position des villes les plus prisées par les UHNWI. Et qui anticipe, à l’horizon 2026, une croissance du nombre de super-riches de 30% au bout du lac, contre 10% pour la plus grande localité de Suisse.

Le quartier des Pâquis à Genève est connu pour son dynamisme et son animation nocturne. Mais aussi pour ses prostituées et son trafic de stupéfiants. «Négligé par le passé, ce périmètre subit déjà un engouement et une métamorphose similaires à ce qui s’est produit pour le quartier londonien de Notting Hill, dans les années 1970», insistent Alex Koch de Gooreynd et Liam Bailey, chevilles ouvrières du rapport. D’un faubourg délabré et occupé par des dealers, le secteur situé à l’est de la capitale britannique s’est mué en archétype de l’embourgeoisement urbain. Soit une zone à l’origine conçue pour les travailleurs de la classe moyenne inférieure et qui accueille aujourd’hui tout ce qui se fait de plus fortuné dans le Royaume-Uni et au-delà.

Pour Knight Frank, le potentiel genevois se concentre surtout dans la partie nord des Pâquis. «Plus près de la gare CFF, les prix s’échelonnent entre 9000 et 13 000 francs le m². C’est là que se trouve l’avenir. Car plus on se rapproche du lac et ses hôtels 5 étoiles, plus les tarifs augmentent, jusqu’à atteindre 20 000 francs le m²», précisent les spécialistes de la société immobilière, avant de souligner qu’à ce rythme de développement, les investissements dans cette zone de Genève vont surclasser ceux du reste de la ville dans les dix ans à venir.

Probabilité de gentrification élevée

Le Wealth Report 2017 cite l’exemple de la nouvelle résidence Gevray 1, un espace grand luxe unique à Genève, car doté d’appartement au format XXL et de services de conciergerie 24h sur 24. Les logements de haut standing, soit des simplex ou des duplex – certains en attique – devisés à quelque 19 200 francs le m², n’ont pas encore tous été vendus. «Trois ont été écoulés le mois dernier», relève toutefois Jacques Emery (1), en charge de Naef Prestige. Et ce dernier de nuancer: «On ne peut jamais prédire à 100% l’évolution d’un quartier. Mais je suis d’accord à 98% avec ce que disent mes confrères de Knight Frank, la question de la présence des prostituées étant au cœur des préoccupations.»

Idem à l’époque pour Kings Cross, auparavant un repère de péripatéticiennes. «Un certain brassage de population va s’opérer avec l’arrivée de nouveaux locataires, conclut Alex Koch de Gooreynd. Les nouveaux habitants de Gevray, qui recherchent avant tout le confort et un petit surplus de sécurité qu’offre cet immeuble, ont la plupart déjà un chalet à Gstaad. Ils utilisent aujourd’hui les Pâquis comme une base genevoise proche de la gare et d’un aéroport international.»

(1) Mise à jour le 24 mars: contrairement à ce que nous avions indiqué, cette citation n'est pas de M. Etienne Nagy, directeur général de Naef, mais du responsable de Naef Prestige à Genève, une entité du même groupe immobilier spécialisée dans le segment haut de gamme.

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