La banque Mitsubishi UFJ plie bagages, a appris le Temps. L’unique établissement de gestion privée battant pavillon japonais à Genève, plus exactement à la rue du Rhône, a décidé début février de quitter la place financière helvétique. L’enseigne, fondée en 1984, employait environ une vingtaine de salariés dans le canton, dont plus d’un quart d’expatriés nippons.

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Alors que la Suisse recensait il y a environ vingt-cinq ans 33 banques japonaises, elle n’en dénombre à présent plus que trois, concentrées sur le territoire zurichois: Nomura Bank, Mizuho Bank et Mistubishi UFJ Securities – une antenne rattachée au bureau international de Londres.

Une décision irrévocable

«C’est l’actionnaire, basé à Tokyo, qui a pris la décision irrévocable de fermer les portes de sa filiale de gestion de fortune à Genève», résume un employé de l’établissement, contacté ce lundi par téléphone. Fondée le 1er janvier 2006 par la fusion de The Bank of Tokyo-Mitsubishi et UFJ Bank, la banque japonaise employant quelque 107 000 salariés à travers la planète est un organe de Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG).

Cette entité détient environ 2500 milliards de francs d’actifs, pour 1200 milliards de dépôts, ce qui en fait la cinquième plus grande banque au monde selon les dernières estimations de S&P Global Market Intelligence. C’est aussi la plus importante entreprise de services financiers du Japon. Et l’une des principales divisions du conglomérat nippon éponyme, qui fabrique notamment des voitures et a généré en 2015 l’équivalent de plus de 540 milliards de francs de chiffre d’affaires, soit environ 10% de la création de richesses du Japon.

Conséquences incertaines

La maison mère, Mitsubishi Corporation, a présenté l’an dernier d’importantes pertes financières, ce qui n’était jamais arrivé depuis la publication de ses premiers comptes datant de 1969-1970. A quel point cet accident de parcours inédit, lié notamment au ralentissement du secteur automobile en Asie et au recul des cours du pétrole, a-t-il pesé sur la décision de la banque japonaise de quitter le bout du lac? Interpellés, les services de presse de la division financière du conglomérat japonais justifient leur choix de délocaliser «après avoir reconsidéré [leur] stratégie de développement de banque de détail, à la lumière des contextes économiques en Suisse et au Japon». Et ces derniers de préciser: «Notre filiale genevoise fermera ses portes avant fin 2018.» (1)

Faut-il alors craindre pour l’écosystème romand de multinationales nippones (Santen Pharmaceutical, Menicon, Sunstar, etc.), réunies autour de JTI et de ses sources de financement lémaniques? «Mitsubishi UFJ Wealth Management Bank avait pour vocation de servir une clientèle fortunée. Mais ses activités de financement, à proprement parler, étaient opérées depuis une autre succursale. L’effet direct de ce départ de Genève s’avère par conséquent limité», estime pour sa part Masashi Nakazono, directeur général de l’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO) en Suisse.

(1) Mise à jour le 21 février: les explications de la MUFG qui n’avait pas eu le temps de répondre à nos sollicitations avant la publication de l’article.