De nombreuses banques genevoises dépasseront en 2006 les résultats exceptionnels de l'an 2000, selon l'enquête conjoncturelle publiée lundi par Genève Place Financière (GPF). Les bénéfices progresseront en moyenne de 15% ou plus, alors que les attentes se situaient entre +5% et +10%. «C'est la troisième année consécutive que les résultats dépassent nettement les prévisions», commente Ivan Pictet, président de GPF.

Après le millésime record 2000, les bénéfices des banques et sociétés financières avaient chuté de 35% en 2001, 25% en 2002 et 5% en 2003, avant de regagner une partie du terrain perdu en 2004 (+15 à 20%) et 2005 (+15%).

Les pronostics pour 2007 sont positifs. Un tiers des grands établissements (200 emplois et plus) estiment que leur bénéfice net augmentera de 3 à 7%, un autre tiers qu'il progressera de 8 à 14%. Les attentes sont plus modérées du côté des banques et sociétés de petite taille.

La santé du secteur, qualifiée de «bonne à éclatante» par Ivan Pictet, se répercute sur l'emploi. Les effectifs des 138 banques de la place ont progressé de 10% ces dix-huit derniers mois. Globalement, la Genève financière emploie actuellement plus de 30000 personnes.

A ce sujet, quelques évolutions intéressantes. Premièrement, la part du private banking tend à diminuer, de 65% en 2005 à 55-60% cette année. Ce n'est pas que ce segment se porte mal - 27% des banques interrogées rapportent un afflux net de fonds privés situé entre 4 et 7%, 27% également un afflux net de 8% et plus - mais la gestion institutionnelle a progressé plus vite, avec des résultats contrastés d'une banque à l'autre.

Deuxième tendance lourde, le secteur du négoce (300 sociétés) continue à se développer, porté par la hausse du prix des matières premières. Genève est devenue en 2005 la première place mondiale pour le financement du pétrole. Les grandes banques étrangères, notamment françaises, jouent un rôle majeur dans le «trading». «Nous continuons à accroître nos effectifs à Genève, notamment en y rapatriant des équipes», confirme Louis Bazire, directeur pour la Suisse de BNP Paribas, qui ne constate toutefois pas de pénurie de personnel qualifié.

En revanche, note Patrick Odier, vice-président de Genève Place Financière, «la guerre des talents est ouverte» dans les métiers de pointe, dont ceux concernant l'ingénierie financière pour les nouvelles classes d'actifs comme le private equity ou les hedge funds. La création récente du centre d'excellence Swiss Finance Institute (SFI) est un moyen de rester dans la course.

Après neuf mois d'activité, le SFI compte 18 nouveaux doctorants et a signé des accords avec les universités de Genève, Lausanne, Lugano et Zurich, ainsi qu'avec le Fonds national de la recherche scientifique et FinRisk, ce qui consolide son financement. Des négociations avec Saint-Gall sont en cours. Il a nommé un professeur, Bernard Dumas, à Lausanne et un assistant, Tony Berrada, à Genève. Ses programmes d'études seront complétés par trois nouveaux masters (en anglais): science in finance, banking and finance, executive MBA in bank management.

Michel Dérobert, délégué du Groupement des banquiers privés, a fait le point des révisions législatives intéressant la place financière - moins brûlantes qu'il y a deux ans quand la Suisse négociait la fiscalité de l'épargne avec l'UE. Concernant la mise en œuvre des recommandations révisées du GAFI, il a souligné un objet de préoccupation: «L'idée de transformer certains délits boursiers (opérations d'initiés, manipulations de cours) en actes préalables au blanchiment d'argent» sera inapplicable, source d'«insécurité juridique intolérable».