Place financière

Genève doit être plus qu’un centre de gestion durable

Pour que son expertise en gestion responsable soit mieux reconnue à l’étranger, la ville doit jouer la carte politique. Et se promouvoir davantage

Les acteurs de la finance durable genevoise se trouvent dans une situation complexe. Ces nouvelles activités pourraient leur offrir un relais de croissance après la fin du secret bancaire. Les avoirs gérés en Suisse selon des principes responsables ont d’ailleurs pratiquement doublé l’an dernier, à 390 milliards de francs, selon un rapport de l’association Swiss Sustainable Finance (SSF) dévoilé jeudi. Mais d’autres places financières comme Paris ou Stockholm se sont beaucoup mieux profilées sur ce créneau, qui représente 20% des fonds gérés en France ou en Scandinavie, mais moins de 9% en Suisse. Riche en savoir-faire, Genève a un problème de «faire savoir». Une piste pour le résoudre consisterait à symboliquement relier la rive droite et la rive gauche de la ville.

«Dire que Genève doit se positionner comme centre pour la finance verte est une bonne chose, mais ce n’est pas suffisant», affirme Mark Halle, qui a notamment piloté le groupe de travail du G20 sur la finance verte. Invité d’une conférence sur l’investissement durable organisée jeudi à Genève, il estime que la ville du bout du lac possède un avantage concurrentiel unique: la dimension politique de l’engagement en faveur du développement durable.

Finance et développement durable

«Genève pourrait devenir un centre pour la mise en place opérationnelle des 17 objectifs de développement durable des Nations unies. Il faudrait pour cela faire le lien entre les compétences de la place financière et le besoin de mise en œuvre de ces objectifs au niveau global», poursuit Mark Halle, qui est également conseiller du FC4S, un réseau de 17 places financières visant à soutenir la finance verte, dont le secrétariat sera basé à Genève.

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L’idée revient à relier la rive gauche (où est située la place financière) et la rive droite, fief des organisations internationales et autres ONG. Des échanges entre les deux microcosmes existent déjà, poursuit Mark Halle, notamment au travers de l’Initiative financière du Programme des Nations unies pour l’environnement. Ce partenariat public-privé basé à Genève veut encourager les intermédiaires financiers à utiliser les facteurs ESG (environnementaux, sociaux et gouvernementaux) dans leur pratique. Autre exemple, The Sustainable Stock Exchanges Initiative, lui aussi basé à Genève, milite en faveur de la durabilité au sein des intermédiaires financiers, des bourses et des autorités de régulation.

Promotion politique

Mais deux choses manquent, conclut Mark Halle. D’une part, une agence qui ferait la promotion de la place genevoise sur le plan politique, et pas seulement commercial, sur le modèle de la City of London Corporation ou d’Europlace à Paris, deux exemples de coopération entre secteur privé et autorités pour créer les règles nécessaires à une compétitivité internationale. D’autre part, Genève a besoin d’une plateforme favorisant le dialogue entre tous ces acteurs, pointe-t-il, même si des projets comme le SDG Lab et le Geneva 2030 Ecosystem ont commencé à œuvrer dans ce sens.

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