De minuscule laboratoire technique, la Fondation genevoise pour l’innovation technologique (Fongit) s’est forgé la réputation d’incubateur de référence en Suisse. Le site, première pouponnière du pays, a vu fleurir des dizaines de sociétés innovantes depuis 1990. Elle soutient aujourd’hui un portefeuille de plus de 50 start-up, cumulant plus de 250 emplois. Entretien avec son directeur Antonio Gambardella, dont la structure composée d’une poignée de collaborateurs à plein-temps a aidé à lever à ce jour plus de 100 millions de francs.

– Le Temps: Diriez-vous que la Fongit est une clé de succès pour des start-up innovantes?

– Antonio Gambardella: Tout dépend de la définition que vous donnez au succès. Mon objectif est de permettre à des entrepreneurs de réaliser leurs projets, gagner leur vie et générer des emplois. Les capital-risqueurs, dont le métier est de dénicher des licornes, soit les superstars boursières de demain, ont une tout autre approche. Ils recherchent un retour sur investissement maximal.

– Si votre rôle central est de développer des microsociétés, les faire grandir, jusqu’à leur autonomie; cela veut-il nécessairement dire que le rendement est absent du votre approche?

– Notre mission est d’accélérer le parcours de transformation des idées en de véritables entreprises. Toutefois, sur le volume de jeunes pousses que nous accompagnons, on peut espérer identifier une perle a plus fort potentiel. C’est statistique. Mon but est aussi d’atteindre cette masse critique.

– Quel est votre taux de réussite?

– Il se situe entre 80 et 85%. Ce qui est beaucoup plus élevé que toute autre structure privée. Raison pour laquelle la Fongit joue un rôle central dans la stratégie économique cantonale 2030.

– Est-il facile, financièrement, pour une entité en démarrage de percer en Suisse?

– Un entrepreneur avisé ira toujours là où il y a de l’argent pour se développer. Mais si certains préfèrent rester sur le territoire helvétique, c’est aussi pour d’excellentes raisons.

– C’est-à-dire?

– Par exemple, la neutralité, la stabilité, l’écosystème en matière de sécurité informatique et de fintech. Mais aussi de medtech ou d’autres secteurs traditionnellement forts à Genève et en cours de digitalisation, comme le luxe et le commerce des matières premières. Le fondateur de Proton Mail, entreprise que nous suivons, m’a dernièrement confié – et il n’est pas le seul à être de cet avis – préférer engager un spécialiste à Genève, plutôt qu’en Californie. Cela lui coûte au final moins cher, en raison de la surenchère dans la baie de San Francisco pour attirer et conserver des talents.

– Est-ce que la Fongit investit dans les start-up qu’elle accueille?

– Oui, cela fait partie de sa mission. Nos fonds d’amorçage peuvent atteindre les 100 000 francs.

– Vous devenez ainsi actionnaires de vos protégés.

– En effet. Mais les éventuels dividendes perçus servent à financer d’autres sociétés.

– A quel niveau se situe votre trésor de guerre?

– L’enveloppe à disposition est très variable. En tant que structure à but lucratif, nous n’attendons ni ne fixons de taux de rémunération particulier.

– En quoi consiste le partenariat que vous allez lancer ces prochaines semaines avec Singularitiy University basée à la Nasa?

– Nous espérons dresser un pont vers la Californie, permettant d’entrevoir les tendances du futur. Ce portail mènera aux laboratoires les plus à la pointe de la planète, afin que nos entrepreneurs s’exposent aux technologies disruptives de demain. Parallèlement à ce dispositif, nous inaugurons aussi un nouveau programme international d’accéláration commerciale, basé à Genève et à Londres.

– Que vous inspire la 4e révolution industrielle, l’un des thèmes centraux débattus ces derniers jours au Forum de Davos?

– Entre 2013 et 2014, un tiers des nouveaux postes de travail crées dans le monde l’ont été par des petites entreprises de moins de 50 employés, tandis que dans les grandes multinationales, l’innovation engendre de l’efficience et augmente la productivité, ce qui se traduit normalement par du chômage. À court et à moyen terme, il y devrait y avoir plus d’emplois traditionnels détruits que créées. L’essor de nouveaux métiers se fera sur le long terme.

– Genève est-il armé pour affronter un tel bouleversement numérique?

– Je dirais même que le canton est en pôle position pour en tirer profit. Dans un avenir proche, tous les objets seront connectés. L’infrastructure technologique pour y parvenir commence même à se standardiser. En revanche, les outils de contrôle manquent encore. Grâce au bassin de compétences uniques qui existe au CERN sur le sujet, la Fongit recense déjà trois start-up actives dans les systèmes de maîtrise de ces futurs nouveaux environnements industriels. Il s’agit là d’un segment incroyablement prometteur.