L’élection de Donald Trump a fait passer le marché américain en tête des priorités pour Genève. Selon les autorités cantonales, le nouveau contexte politique outre-Atlantique risque d’affecter le tissu économique du bout du lac. La Suisse dénombre 1100 entreprises américaines sur son sol, correspondant à 120 000 emplois. «Nous craignons des délocalisations si les Etats-Unis mettent en œuvre leur programme de dumping fiscal. Genève pourrait davantage en pâtir, vu la plus forte concentration de sociétés américaines sur son sol que dans le reste du pays», indique Vincent Subilia, directeur adjoint à la Chambre de commerce d’industrie et des services de Genève (CCIG).

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Dans les coulisses du Forum de Davos, début janvier, Genève a pris la mesure des effets d’entraînement que pourraient avoir les intentions protectionnistes du nouveau président américain. «Nous avons décidé de nous rendre sur place sans trop attendre, afin de signaler de manière offensive et proactive nos atouts et notre volonté de renforcer nos relations d’affaires», résume Pierre Maudet, ministre genevois de l’économie.

Pèlerinage 4.0

La mission économique, prévue du 30 avril au 6 mai prochain à New York et dans la Silicon Valley, vise à convaincre les maisons mères des sociétés implantées dans le canton que ce dernier offre des conditions-cadres attractives et que sur ce point les choses sont en train de se stabiliser. Traduction: il s’agit de vendre la 3e réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) aux Américains. Pour autant que le référendum fédéral lancé contre cette dernière soit refusé le 12 février prochain. «Dans le cas contraire, nous aurions un problème de crédibilité», admet Pierre Maudet.

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Toutefois, un camouflet populaire ne suffirait pas à remettre en question cette opération de séduction, pilotée conjointement par la CCIG et l’État de Genève. «Il est aussi question de se nourrir de l’entrepreneuriat américain et, via une approche très pragmatique, d’attirer le capital-risque vers nos start-up les plus innovantes», ajoute Vincent Subilia. Pour l’heure, ce type de financement manque cruellement en Suisse, qui a capté moins d’un milliard de francs l’an passé, dont près de 60% ont été injectés dans le bassin lémanique.

L’expérience du «shopping» numérique

Sont conviées au pèlerinage outre-Atlantique: 25 entreprises genevoises, actives dans le luxe, la finance, le négoce, ainsi que des jeunes pousses sur le point d’éclore. L’opération comporte aussi un volet académique, avec des visites cibles de Facultés comme Stanford ou les pépinières de Cornell Tech. Mais également un axe dédié à l’«uberisation» de la vente de détail, pour aider les commerces genevois à sortir de l’ornière. Une immersion dans le Westfield World Trade Center Mall, la plus grande galerie marchande de Manhattan, à l’avant-garde du «shopping» numérique, est prévue à cet effet.

«Des rendez-vous de haut niveau auront également lieu chez HP, Oracle, ainsi que des leaders de la chaîne de blocs et autres gourous des fintech», ajoute Vincent Subilia. Et ce dernier de conclure: «Les entreprises genevoises n’ont plus le temps d’attendre. A présent que M. Trump est au pouvoir, il y a un vrai sentiment d’urgence. En outre, un refus de RIE serait un spectaculaire déni de réalité.»


Un marché prioritaire pour la Suisse

Les Etats-Unis sont le 2e partenaire commercial de la Suisse en termes d’exportations (27 milliards de francs, en 2015) et sa 5e plus importante source d’importations (11 milliards de francs).

Washington est aussi le plus important investisseur étranger du pays: 130 milliards de francs, en 2012.

Le territoire helvétique dénombre 1100 sociétés américaines sur son sol, représentant 120 000 places de travail. La présence des entreprises suisses aux Etats-Unis génère, elle, 450 000 emplois.

Le tissu économique américain est fortement numérisé. Il a aussi la particularité de permettre un accès massif au capital-risque. Et les Etats-Unis sont considérés comme pionniers en matière d’esprit entrepreneurial. Autant d’éléments d’inspiration qui pourraient aider les sociétés suisses et genevoises à augmenter leur productivité, revoir certains modes opératoires et imaginer de nouveaux modèles commerciaux à l’aube de la 4e révolution industrielle.