Création d’entreprises

Genève propose un incubateur d’un nouveau genre avec Essaim

Destinée à l’économie sociale et solidaire, la pépinière genevoise compte bientôt neuf entrepreneurs salariés, un statut nouveau en Suisse. Le projet pourrait faire des émules dans les cantons voisins, sur Vaud notamment

«Je voulais lancer une activité indépendante, mais sans improviser. J’avais en quelque sorte besoin d’une béquille…» Et Laure Bonnevie l’a trouvée en entrant dans Essaim, l’incubateur de la Chambre genevoise de l’économie sociale et solidaire (Après-GE). Depuis décembre, la Lausannoise est une «entrepreneuse salariée».

Ils sont bientôt neuf dans l’incubateur, créé il y a deux ans et soutenu par la Ville de Genève entre autres. «L’entreprise collective partagée existait déjà en France, mais nous avons été pionniers en Suisse», relève Claude Michaud, responsable d’Essaim.

Le principe? Un individu, sensible à la philosophie de l’économie sociale et solidaire – dont l’objectif est de maximiser l’impact humain et social plutôt que le capital – arrive avec une idée. Pendant six mois, il la malaxe pour la mûrir puis décide d’entrer dans l’incubateur. «Nous l’accompagnons dans son projet et il devient alors un entrepreneur salarié de l’entreprise avec un contrat à durée déterminée de trois ans. Son salaire dépendra de son chiffre d’affaires», poursuit Claude Michaud. En effet, Essaim ponctionne environ 10% du chiffre d’affaires ou de la marge brute selon l’activité pour son accompagnement (comptabilité, marketing, communication…). Durant son contrat, le ­salarié bénéficie de toutes les assurances sociales notamment. Les organisations peuvent également demander un accompagnement, mais sous une autre forme.

«Le coaching permetde rendre un projet réaliste»

«Cela m’a permis de poser mon projet et de le faire de manière très structurée. Au départ, vous avez toujours un projet entrepreneurial idéalisé, et le coaching permet de le rendre réaliste», analyse Laure Bonnevie, qui consacre désormais un mi-temps à Histoire de mots, un service autour de la communication rédactionnelle.

De nombreux soutiens à la création d’entreprises existent: Genilem, Fongit ou Eclosion pour n’en citer que trois sur Genève, mais Essaim se veut différent. «Plutôt que la technologie, nous souhaitons accompagner les personnes en quête de sens dans leur activité, tout en leur permettant de gagner leur vie avec cette activité lorsqu’ils sortiront de la pépinière», souligne le responsable.

L’objectif de la structure d’Après-GE est d’atteindre une quarantaine d’entrepreneurs salariés d’ici à 2014. Essaim devrait être par la suite implanté dans l’Ecopôle de la zone industrielle des Charmilles.

Le budget de fonctionnement d’Essaim s’élève à 420 000 francs par an, dont 350 000 sont assumés par la Ville. «Genève compte 10% d’emplois dans l’économie solidaire, ce n’est donc pas marginal, rappelle Sandrine Salerno, conseillère de ville en charge de la promotion économique. Depuis 2007, nous avons souhaité développer l’aide aux petites entreprises et Essaim, comme la Fondetec, entre dans cette catégorie. Outre la création d’emplois, l’incubateur répond à des besoins locaux dans les quartiers et apporte donc aussi des bénéfices sociaux.»

Ce modèle pourrait faire des émules, comme le confirme Claude Michaud: «Vaud aimerait bien copier le modèle, mais il faut encore trouver un financement de départ.»

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