Innovation

Genève s’apprête à jouer un rôle de pivot dans l’économie des seniors

EasyCare Academy a installé son siège au bout du Léman. Cette start-up spécialisée dans les soins aux personnes âgées vient de signer un contrat avec la Chine, un marché de plus de 230 millions de clients potentiels

EasyCare Academy (ECA) espère doper l’économie des seniors. Un marché mondial pour l’heure estimé à plus de 1700 milliards de francs. L’entité fondée l’été dernier par des anciens de Nestlé a choisi Genève pour déployer sa stratégie, qui consiste à aider les personnes âgées à vivre plus longtemps de manière autonome. Et, ainsi, conserver leur indépendance financière.

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ECA est une edtech, une start-up de technologies éducatives. Elle commercialise notamment des programmes de formation en matière de soins destinés aux populations vieillissantes. C’est le chaînon manquant entre le pouvoir d’achat des retraités et leur faculté à s’en servir. «Notre marché étant absolument garanti, nous sommes davantage une entreprise en phase d’hypercroissance [scale-up, ndlr] assurée et durable, qu’une société en démarrage, dont le modèle d’affaire est caractérisé par l’incertitude», souligne son cofondateur Peter Nicholson, vétéran des industries de la santé et de la biopharmaceutique depuis vingt-cinq ans.

Le tsunami gris

A en croire l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la population mondiale de plus de 60 ans dépassera le milliard d’individus à l’horizon 2020. Cette augmentation de l’espérance de vie induit de profonds changements de société et une nette réorientation vers les besoins des seniors qui ne seront plus d’accord, comme la génération précédente, d’être «parqués» dans des homes à attendre la mort dès qu’ils ont perdu une partie de leurs facultés mentales ou physiques. Selon les derniers sondages, neuf personnes âgées sur dix désirent rester à la maison, même si elles sont fragilisées.

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Concrètement, ECA évalue les besoins individuels des personnes âgées, via un questionnaire adossé aux technologies numériques. Son programme en ligne, combiné à des modules pratiques, permet aussi à des non-spécialistes de la santé – mais pas uniquement – de se former dans l’accompagnement des aînés. Le prix des cours s’échelonne d’environ 40 francs à moins de 1000 francs, selon le niveau de perfectionnement désiré. Il s’agit d’un modèle progressif, que l’entreprise genevoise a baptisé Respond 4.0, censé réduire les coûts de la santé. Le phénomène des papys-boomers, couplé à une prise en charge médicale parfois trop prompte coûte en effet cher aux collectivités publiques, qui paient plus de la moitié de la facture hospitalière.

Une conjugaison d’expertises

«Le canton de Genève se réjouit de l’arrivée d’ECA qui choisit de s’implanter au cœur d’un écosystème où se côtoient organisations internationales et entreprises dans le domaine de la santé. ECA est un acteur qui renforce le pôle de la Silver Economy, de la formation et de la durabilité», relève Pierre Maudet, ministre genevois en charge de l’Economie. Et Vincent Subilia, directeur général adjoint à la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG), d’ajouter: «Nous sommes face à un projet correspondant au biotope du bout du Léman et à la mue qu’il est en train d’accomplir. Je rencontre énormément de start-up, plus ou moins prometteuses, mais nous sommes là véritablement en présence d’une perle, à la frontière entre des domaines clés.»

Vincent Subilia a fortement contribué à attirer l’ECA à Genève. Selon lui, la présence d’une Health Valley helvétique, adossée à un bassin d’expertise de renommée mondiale (Campus Biotech, Hôpitaux universitaires de Genève, alma mater genevoise, etc.) a pesé lourd dans le choix d’implantation de cette edtech.

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L’ECA, qui a pris ses quartiers chez Spaces, les bureaux de travail partagé des Quais de l’Ile, emploie pour l’heure 22 salariés. «Nous devons engager jusqu’à dix personnes supplémentaires d’ici à la fin de cette année. Et nous devrions atteindre les 100 collaborateurs d’ici à décembre 2018», indique Peter Nicholson, qui prévoit aussi d’ouvrir à terme des bureaux à Boston, à Los Angeles et au Royaume-Uni.

Première pierre angulaire

La nouvelle edtech genevoise dispose déjà d’une antenne à Pékin. Elle a annoncé ce lundi la signature d’un contrat inédit avec l’Association chinoise de gérontologie et de gériatrie, pour développer son produit dans l’Empire du Milieu. Plus qu’un premier point de chute dans un marché de plus de 230 millions d’individus ayant dépassé les 60 ans, c’est le lancement d’un important partenariat stratégique avec les grandes institutions de santé chinoises. «La Chine est un pays qui, en raison de son ancienne politique de l’enfant unique, se retrouve dans une situation ou les jeunes doivent à présent s’occuper seuls de plusieurs aînés. Ils ont besoin d’aide de tiers bien formés pour les épauler», estime Peter Nicholson.

ECA assure que sa méthode a été éprouvée sur le terrain et validée scientifiquement par plus de 90 publications scientifiques. «A ce jour, Respond a été utilisé pour évaluer, sur mesure, le degré d’autonomie de plus d’un million de personnes âgées, dans 50 pays. Notre outil a permis d’économiser 4,3 milliards de francs sur quinze ans au Royaume-Uni», assure Peter Nicholson, entrepreneur chevronné qui a fait ses études à Berkeley (Californie). Ses cours sont en passe d’être définitivement validés par l’Association mondiale de gériatrie et de gérontologie aux Etats-Unis, ainsi que le Conseil international des infirmières à Genève, une fédération réunissant quelque 24 millions de professionnels de la santé à travers la planète.

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