Comment mettre hors d’état de nuire un drone? En lui tirant dessus. En projetant un filet pour le capturer. En le désactivant à distance via des ondes radio. Ou encore en envoyant des rapaces l’attaquer. Mardi et mercredi, Genève accueille une conférence internationale pour trouver les meilleurs moyens de lutter contre les appareils qui deviennent dangereux. Intitulé Countering Drones, cet événement, organisé par la société britannique Defence IQ, est l’occasion pour la Suisse de mettre en avant son savoir-faire en la matière.

Pour l’aéroport de Genève, la menace des drones est réelle. «On estime que plus de 100 000 appareils ont déjà été vendus en Suisse et les incidents se multiplient, affirme André Schneider, son directeur. En 2016, 48 cas ont été rapportés sur l’ensemble de la Suisse, lors desquels un drone s’est approché dangereusement d’un avion. En 2015, un drone a été aperçu sur le site de l’Aéroport de Genève, mais personne n’a pu l’identifier. Cela ne peut plus durer.»

Lire également: La Suisse devient un centre mondial pour les drones

Zone d’exclusion

Aujourd’hui, il existe, pour ces machines, une zone d’exclusion aérienne dans un rayon de 5 kilomètres autour de l’aéroport de Genève. «Ce n’est pas adapté, poursuit André Schneider. Personne n’est en mesure de faire respecter cette interdiction dans la ville. Et les règles sont totalement différentes en France voisine.» Selon le directeur, il faut créer des lois adaptées, permettre d’identifier les drones et savoir comment mettre hors d’état de nuire ceux qui peuvent s’avérer dangereux.

Pour Alexandre Vautravers, chargé de mission aux questions stratégiques au Département de la sécurité et de l’économie du canton de Genève, dirigé par le conseiller d’Etat Pierre Maudet, la région a une carte à jouer pour résoudre ces problèmes. «Le canton de Genève est à la pointe. Nous abritons les sièges de Skyguide, de l’Union internationale des télécommunications, de l’Association internationale du transport aérien et de dizaines d’entreprises spécialisées dans les drones. Les solutions et les innovations se trouvent ici: entre les entrepreneurs, les utilisateurs et les régulateurs.» Selon le spécialiste, l’Arc lémanique doit rester à la pointe.

Les précédents en Syrie et en Irak

La semaine passée, un premier pas été franchi à Genève. Skyguide a présenté une application (U-Space) permettant aux drones d’être identifiables dans l’espace aérien. Elle a été développée avec des entreprises privées et l’Office fédéral de l’aviation civile et pourrait être adoptée au niveau international.

Lire également: Les drones armés, le nouveau «cauchemar»

Il y a la détection des drones et leur authentification. Mais aussi la lutte contre les appareils dangereux, qui est devenue une priorité de la société allemande Rheinmetall, qui possède une filiale en Suisse. «L’armée américaine a remarqué, en faisant face à des drones bourrés d’explosifs en Syrie et en Irak, qu’ils constituaient une menace sérieuse, explique Fabian Ochsner, vice-président marketing. Nous développons des solutions pour détecter et neutraliser des appareils potentiellement dangereux. Nous équipons actuellement deux prisons en Suisse avec nos technologies. Elles seront d’ici peu totalement fiables et nous avons l’ambition ensuite de les exporter.»

Aussi pour les entreprises

Directeur de la société genevoise Drone Detection Sys, Marc Wagner s’est spécialisé dans la lutte contre les drones hostiles. «Il n’y a pas que des zones sensibles, tels des aéroports ou des centrales nucléaires, qui veulent se prémunir contre des engins dangereux. Des entreprises redoutent aussi que des pirates accèdent, via des drones, à des informations confidentielles. On peut aussi imaginer que des centres de données informatiques soient attaqués par des drones, qui entravent leur système de ventilation via les airs. La demande pour des conseils contre les drones hostiles est en hausse.»