Place financière

Genève à la traîne de Zurich dans l’emploi bancaire

Le recentrage des grandes banques sur leurs quartiers généraux explique que le nombre d’offres d’emploi dans la finance bondit en Suisse alémanique, mais continue à reculer côté romand

Redressement de l’économie suisse, nouvelle détente de l’emploi bancaire, demande record d’experts en services financiers: l’actualité récente a foisonné de nouvelles positives sur le front du chômage en Suisse, où l’on parle à nouveau de plein-emploi. Dans le secteur bancaire, l’emploi continue néanmoins à régresser, à 101 400 équivalents temps plein, en recul de près de 5000 unités sur deux ans, selon le moniteur de l’Association patronale des banques publié ces derniers jours. Au niveau national, le nombre de postes vacants dans ce secteur progresse à nouveau depuis début 2017. Mais pas dans la région lémanique.

Au deuxième trimestre, une moyenne de 2785 offres d’emploi a été publiée dans le secteur bancaire au niveau national, un chiffre en hausse de 16% par rapport au trimestre précédent. Mais la croissance se trouve essentiellement à Zurich (+206 postes), en Suisse centrale (+113) et en Suisse orientale (+125), tandis que la région lémanique affiche une demande stable. La zone qui va de Genève au Valais subit par ailleurs le taux de chômage dans le secteur bancaire le plus élevé du pays, avec 3,4%, contre 2,1% au niveau national (et 3,1% tous secteurs confondus). Avec le Tessin, elle est la seule région dans laquelle «le nombre de chômeurs dépasse nettement celui des postes vacants», précise encore l’Association patronale des banques.

Facteurs saisonniers

Ces chiffres s’expliquent tout d’abord par des facteurs saisonniers, puisque la période juin-juillet est traditionnellement marquée par un recul des annonces, généralement compris entre -3% et -8%, observe Raphaël Asseo, cadre chez Michael Page à Genève. La société de recrutement affiche des tendances similaires aux chiffres de l’Association patronale des banques. En juillet, elle a publié un nombre d’offres d’emploi en hausse de 17% par rapport à janvier à Zurich, tandis que l’Arc lémanique affiche un recul de 7% sur la même période, et même une chute de 17% entre mi-juin et mi-juillet. La période estivale succède aussi à un pic de recrutement habituel en mai, ce qui expliquerait le recul d’un mois sur l’autre, poursuit le spécialiste.

Selon lui, le nombre de postes actuellement vacants dans la banque est équivalent à celui de périodes plus actives comme septembre-octobre. Michael Page ne dévoile pas ce chiffre, mais son site web affichait vendredi après-midi 60 offres dans le secteur bancaire, dont 11 à Genève et 15 à Zurich.

Transformation plus avancée à Genève

La différence de rythme entre les places financières zurichoise et genevoise, Raphaël Asseo l’explique aussi «par le fait que le processus de transformation du secteur bancaire a commencé plus tôt à Genève, provoquant une évolution des métiers recherchés, car la banque privée a été davantage touchée que la banque d’affaires, traditionnellement plus présente à Zurich». En conséquence, la recherche de spécialistes des fonctions liées à la numérisation de l’activité, de la conformité («compliance») ou du juridique étant plus avancée coté romand, son potentiel de croissance serait moindre.

Les employeurs que sont UBS et Credit Suisse jouent également un rôle dans les disparités régionales, poursuit le cadre de Michael Page: «Les grandes banques ont tendance à concentrer davantage leurs effectifs dans leurs maisons mères ou dans leurs centres stratégiques, et moins dans leurs succursales, ce qui provoque un effet de centralisation des fonctions à Zurich.» Et donc un pic de recrutements lorsque les collaborateurs des régions excentrées décident de ne pas suivre leurs emplois à Zurich.

Publicité