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A Genève, une fondation aide les planteurs de café du Burundi

Une grande partie du gouvernement burundais est réunie durant deux jours à Genève pour une conférence sur le développement. Lancée à l’initiative d’une maison de négoce, la fondation Kahawatu veut participer au doublement de la production de café de ce pays des Grands Lacs

Alors qu’une bonne partie du gouvernement burundais est réunie deux jours à Genève pour une conférence avec les bailleurs de fonds, la création d’une nouvelle fondation initiée par la maison de négoce de café Sucafina a été annoncée dimanche soir. Baptisée Kahawatu, cette structure dédiée à «l’amélioration de la productivité rurale en Afrique de l’Est» se focalise initialement sur les petits planteurs de café du Burundi. Simple intérêt bien compris d’un commerçant de café pour ses fournisseurs? «Non, pas un choix, une nécessité: le café représente 75% des recettes d’exportations; améliorer sa productivité, c’est aussi renforcer les productions vivrières attenantes», se défend Jan Lühmann, ex-directeur de Sucafina devenu responsable de la fondation. Dans ce pays de 8 millions d’habitants au contact avec des confins de l’ex-Zaïre de nouveau déchirés par la violence – et dans lequel plane le spectre des massacres des années 90 – «près de la moitié de la population dépend» de plantations ne couvrant pas 1 hectare, rappelle Hamed Haidara, de l’agence onusienne FIDA.

Dotée d’un budget de 10 millions de dollars sur cinq ans, Kahawatu bénéficiera du partenariat de la fondation Ernesto Illy – issue du torréfacteur italien – ou du conglomérat japonais Mitsubishi. Mais aussi du producteur de fruits et légumes vaudois Sylvain & Co ou de Café Africa, autre initiative lancée par la vénérable maison de négoce lémanique Schluter.

«La priorité n’est pas l’extension des surfaces mais l’amélioration de rendements ne dépassant pas 6 sacs par hectare – le quart de ceux du Brésil ou du Vietnam», esquisse Jan Lühmann, vingt-huit ans de café au compteur, dont huit en Afrique et en Asie. Une situation en partie liée au morcellement des exploitations. Espérant en toucher 30 000, Kahawatu va recruter 50 agronomes – en partenariat avec le Ministère de l’agriculture et le FIDA – afin de former les planteurs sur les méthodes de fertili­sation. Ou développer la création de pépinières destinées à remplacer des arbres épuisés par plus de quarante ans de cueillette. L’objectif du responsable de Kahawatu «est de participer au doublement de la production burundaise. Les études de Rainforest Alliance, qui soutient notre projet, montrent que c’est faisable». C’est-à-dire de passer de 17 000 tonnes annuelles en moyenne à 35 000 tonnes. A titre de comparaison, la production du Brésil est 200 fois plus importante. Aux yeux de l’ancien «trader», les certifications de type Max Havelaar – permettant de faire payer davantage à l’amateur d’expresso – sont «louables mais insuffisantes: on parle au mieux d’une prime de 15%». Sans effort sur les cultures, «la production burundaise sera laminée par le prochain plongeon des cours mondiaux», insiste-t-il.

La situation est déjà tendue: le café a vu sa valeur s’effondrer d’un tiers en un an sur le marché new-yorkais.

«Près de la moitié de la population dépend» de petites plantations ne couvrant souvent pas 1 hectare

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