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Genève vacille mais ne tombe pas

Genève sera désormais considérée, à part entière, comme une place financière majeure et propre. Ce qu’elle est fondamentalement

Genève vacille mais ne tombe pas

Perspectives Genève sera désormais considérée, à part entière, comme une place financière majeure et propre. Ce qu’elle est déjà

Le canton de Genève a toujours été un cas à part en Suisse. Mais, aujourd’hui, son secteur financier commence de plus en plus à se démarquer de celui du reste de la Confédération. A première vue, il semblerait même que la Cité de Calvin se distingue de manière positive. En effet, entre 2008 et 2012, le nombre de postes dans le secteur a augmenté (de 26 808 à 29 117) et son poids économique également (de 18 à 20% environ). Alors qu’en revanche, au niveau fédéral, un aspect en demi-teinte est rapidement mis en évidence par les chiffres. En effet, entre 2008 et 2013, le nombre de postes dans le secteur financier est resté relativement équivalent (de 208 700 à 209 600) et la part du PIB imputable au domaine financier a chuté (de 11,5 à 10,5%).

Mais à y regarder de plus près, un vacillement est particulièrement visible à Genève. En effet, selon un classement des places financières établi en septembre par le Z/YEN Group, la Cité de Calvin, première place francophone, perd 4 rangs pour se retrouver 13e. C’est un camouflet. Genève ne figure plus au sein des 10 premiers. Cependant, les écarts restent minimes entre le 5e et le 14e rang. Mais d’autre part, le secteur des matières premières se porte plutôt bien. En effet, selon la Chambre de commerce et d’industrie de Genève, le négoce des matières premières a participé à hauteur de plus de 10% au PIB du canton. De plus, la place genevoise est toujours le leader mondial du négoce de charbon, de coton, de sucre et concentre un tiers du négoce mondial de pétrole. De ce fait, il est limpide que Genève reste attractive mais perd peu à peu de sa superbe.

En parallèle, une étude du Boston Consulting Group confirme cette tendance. Il place Genève comme le premier centre mondial de gestion de fortune. Mais, lorsqu’il y a 10 ans, Genève accueillait 31% de la fortune mondiale, ce taux est aujourd’hui tombé à 26%. Selon le directeur de Genève Place Financière: «38,5% des grandes banques à Genève ont perdu des fonds sous gestion. C’est la première fois que ces banques signalent des sorties de fonds.» Mais, à la suite de différentes pressions de la communauté internationale pour que les avoirs non déclarés en Suisse soient rapatriés, peut-on vraiment s’étonner de ce chiffre? Cela n’explique certainement pas la totalité de la baisse, mais doit indéniablement y contribuer.

A ces pressions s’ajoute une multitude d’accords signés ou en cours de négociation entre la Suisse et ses partenaires. Celui qui a fait le plus de bruit concerne la nouvelle norme internationale sur l’échange automatique des renseignements fiscaux. Et pour cause, il existe déjà un échange sur demande (basé sur l’art. 26, OCDE) mais dans ce cas, l’accord le rendrait multilatéral et automatique. Ceci aurait évidemment des répercussions sur les autres accords déjà signés. La Suisse, qui participe activement au sein de l’OCDE à la définition des termes, pourrait donc automatiquement échanger des données à partir de 2018, avec néanmoins les pays qu’elle aura choisis. Cet accord va notamment provoquer le changement de modèle (du 2 au 1) de l’accord Fatca (Foreign Account Tax Compliance Act), qui spécifie que les établissements financiers doivent, sous certaines conditions, transmettre les données de clients américains à l’IRS. De plus, l’accord Rubik passé avec l’Autriche et le Royaume-Uni sera probablement aussi appelé à disparaître au profit de l’échange automatique. Enfin, la loi sur le blanchiment d’argent, notamment, va être modifiée afin de répondre aux conclusions du rapport d’experts du GAFI concernant la Suisse.

Ce phénomène est probablement le prix à payer pour que Genève sorte de sa fausse image de paradis fiscal et de refuge pour les fraudeurs. Ainsi, les fonds sortants sont, en grande partie, la conséquence de la métamorphose de la place. Alors, doit-on s’inquiéter? L’heure serait plutôt à la réjouissance. Bien qu’à court terme, nous risquons en effet de constater des heurts financiers, sur le long terme, l’importance de Genève ne pourra plus être jugée que sur l’expertise des acteurs qui la constituent, sur sa capacité à proposer des produits et des services innovants et sur la sécurité qu’elle offre. Genève sera désormais considérée, à part entière, comme une place financière majeure et propre. Ce qu’elle est fondamentalement. Et rien que ça, c’est déjà une victoire.

* Analyste financier, IG Bank

Les fonds sortants sont, en grande partie, la conséquence de la métamorphose de la place

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