Cybersécurité

Le Genevois ID Quantique se déchaîne à l’international

Le numéro un mondial de la cryptographie quantique et de la génération de nombres aléatoires ouvre un bureau à Londres, signe un partenariat stratégique avec le géant coréen SK Telecom et s’attaque au marché chinois

ID Quantique (IDQ), pépite issue des laboratoires de physique appliquée de l’Université de Genève, s’offre un déploiement sans précédent. L’actuel numéro un mondial de la cryptographie quantique et de la génération de nombres aléatoires étend tout d’abord ses activités à la Grande-Bretagne. A travers notamment un contrat consistant à sécuriser les échanges d’information entre l’un des sites de BT [ndlr: anciennement British Telecommunications] et Cambridge.

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IDQ ouvre également une officine britannique, afin de prendre part à une plateforme scientifique nationale de 384 millions de francs sur cinq ans. «Huit grandes universités du pays, ainsi que le secteur privé et public participent à ce programme», précise Grégoire Ribordy, fondateur d’IDQ, qui imagine affecter 5 collaborateurs à Londres d’ici à un an.

Parallèlement à cette nouvelle tête de pont britannique, IDQ signe une alliance avec SK Telecom, le principal opérateur de Corée du Sud (29,45 millions de clients, soit environ 50% du marché local, pour près de 15 milliards de francs de chiffre d’affaires l’an passé). Ce rapprochement avec la major de l’un des pays les plus connectés de la planète est assorti d’une levée de fonds de plus de 4 millions de francs. Soit la troisième injection de capital en quinze ans, les deux précédentes rondes ayant permis d’engranger respectivement un million (2004) et quatre millions (2014).

La fibre commerciale

L’entreprise carougeoise, lancée en 2001 et qui affiche une croissance moyenne de 30% par an, emploie aujourd’hui une cinquantaine de salariés, soit plus du double par rapport à 2014. Son dernier tour de financement, auquel participent d’autres investisseurs stratégiques, est destiné à renforcer sa suprématie à l’échelle planétaire. Et d’asseoir son développement en Asie.

«L’une des filiales de SK Telecom fabrique des puces pour smartphones intégrant des nombres aléatoires, relève Grégoire Ribordy. Ce dispositif bon marché, qui permet de réduire la vulnérabilité des appareils, est en passe de révolutionner le monde de la téléphonie mobile.» Un boîtier traditionnel, de taille standard, coûte environ 1000 francs. Avec la technologie sud-coréenne embarquée, générer des clés ou des mots de passe exclusifs coûtera jusqu’à 100 fois moins cher.

Promesses quinquennales

Dans la foulée, IDQ inaugure son entrée sur le marché chinois. Via une coentreprise avec China Quantum Technologies (CQT), une société pionnière dans les technologies quantiques, à l’origine du plus important réseau commercial en la matière. Soit entre les villes de Shanghai et d’Hangzhou, un tronçon de communication ultrasécurisé d’environ 200 kilomètres. «Les contrats ont été signés il y a un mois», se félicite Grégoire Ribordy, sur le point d’ouvrir avec son partenaire chinois une usine dans la province du Zhejiang.

Le nouveau site de production, appelé à fonctionner avant fin 2017 avec un effectif de 50 collaborateurs, doit notamment permettre à CQT d’accéder au savoir-faire genevois en participant à la fabrication notamment de produits d’appel destinés aux casinos et aux paris en ligne. En échange de quoi, IDQ se voit offrir une porte d’entrée sur le potentiel commercial chinois.

La cryptographie quantique est l’un des cinq axes du 13e plan quinquennal de Pékin, définis comme étant d’importance stratégique cruciale pour la nation. Le prix d’un appareil de cryptage, qui coûte actuellement 50 000 francs pièce, «sera divisé par dix grâce aux volumes du marché chinois», estime Grégoire Ribordy.

Le rêve de Pékin

Toutefois, les spécialistes se heurtent pour l’heure à un obstacle technique de poids: par voie terrestre, le système ne fonctionne que de point à point, jusqu’à cent kilomètres au maximum. Au-delà, trop de photons sont perdus par diffusion en raison des imperfections de la fibre. Il faut alors aménager des nœuds intermédiaires pour que la particule qui compose la lumière, et qui sert à envoyer les clés de chiffrement nécessaires au décodage de l’information, soit impossible à intercepter. Le maillage Shanghai-Hangzhou, garant que toute tentative d’espionnage provoque l’autodestruction du signal, en compte par exemple cinq.

Mais la Chine rêve d’inaugurer, d’ici à 2030, un système d’échange de données inviolable à l’échelle mondiale. Pékin a ainsi lancé le 15 août dernier le premier satellite de communication indéchiffrable à longue distance (près de 2500 km). Seul hic: l’instrument en orbite doit être orienté de manière extrêmement précise vers les stations au sol. «Ce sera comme lancer une pièce de monnaie d’un avion volant à 100 kilomètres d’altitude et espérer qu’elle vienne se ficher exactement dans la fente d’une tirelire cochon en rotation», avait alors expliqué Wang Jianyu, le responsable en chef de cette percée technologique de Pékin.

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