Technologie

Le genevois ProtonMail lève deux millions de dollars

Un capital-risqueur américain mise sur les courriels cryptés grand public

Le genevois ProtonMail lève deux millions de dollars

Technologie Un capital-risqueur américain mise sur les courriels cryptés grand public

Coup d’accélérateur pour le spécialiste du courriel sécurisé ProtonMail, a appris Le Temps. La start-up genevoise doit annoncer, ce mercredi aux Etats-Unis, un nouveau financement de 2 millions de dollars. Objectif: répondre à l’actuelle saturation de la demande pour son outil de communication en ligne. «Ces fonds vont servir à porter, enfin, nos services d’e-mails cryptés vers le grand public», résume Andy Yen, cofondateur de l’entreprise en démarrage. A ce montant s’ajoutent 550 000 dollars déjà récoltés l’été dernier via Indiegogo. Soit une campagne de financement participatif qui avait rapporté environ cinq fois plus qu’escompté.

Les nouveaux partenaires commerciaux de ProtonMail? «Charles River Ventures et la Fondation Genevoise pour l’Innovation Technologique (Fongit)», précise Andy Yen, contacté par téléphone à Austin, Texas, dans le cadre du festival annuel de conférences interactives SXSW. Le premier bailleur de fonds est l’une des plus anciennes sociétés de capital-risque aux Etats-Unis et leader mondial du placement dans des entreprises de technologie à un stade précoce. L’entité est connue pour avoir été parmi les premières à investir notamment dans des noms tels Twitter, Yammer ou Zendesk.

«Un fort potentiel»

«Notre mission est d’aider les entreprises en s’appuyant sur les atouts de la Suisse et de Genève, comme la sécurité et la confidentialité des données. C’est pour cela que nous voyons un fort potentiel en ProtonMail», indique Antonio Gambardella, directeur de Fongit. Cet incubateur situé à Plan-les-Ouates s’apprête à accueillir dans ses locaux la start-up genevoise actuellement basée près du CERN, et qui doit à terme employer une dizaine de personnes à Genève, contre actuellement six aux Etats-Unis.

Plutôt que de s’établir outre-Atlantique, où elle entend lever d’ici à la fin de cette année une partie des 5 à 10 millions de dollars supplémentaires dont elle a besoin pour grandir, ProtonMail a choisi de rester en Suisse, pour des raisons de loi sur la protection des données plus favorables à son modèle d’affaires. Et à l’immunité de ses serveurs qui échappent ainsi aux législations européenne et américaine.

Marché américain dominant

Fondée en 2013 par des scientifiques qui se sont rencontrés au CERN, la plateforme genevoise de messagerie sécurisée est aujourd’hui dirigée par des experts mondiaux (Caltech, Harvard, Ecole polytechnique fédérale de Zurich) de l’innovation web. La version bêta de l’outil – chiffrement des données d’un bout à l’autre de la chaîne, avant même leur envoi dans des serveurs – dénombre, pour l’heure, quelque 400 000 utilisateurs. Dont plus de la moitié est basée aux Etats-Unis. Réputé simple d’utilisation, le service est gratuit dans sa version basique. Mais payant sous forme d’abonnement, à travers des offres complémentaires. «Si Sony avait utilisé notre technologie, jamais elle ne se serait fait pirater ses messages», signale Andy Yen.

Toutefois, en août dernier, ProtonMail a vécu une mésaventure. L’un de ses employés, qui n’avait pas été suffisamment formé, justifiait alors la start-up sur son blog, a malencontreusement effacé un millier de courriels de clients. Une «terrible erreur», avaient immédiatement reconnu ses responsables, aucune sauvegarde des communications n’ayant été faite. «Avec le recul, je me rends compte que nous avions précipité notre réaction, conclut Andy Yen. Car nous avons fini par retrouver tous les messages perdus. Et avons depuis amélioré nos infrastructures, en doublant par exemple le nombre de nos centres de données en Suisse.»

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