L’un des fleurons des cliniques privées genevoises passe en mains vaudoises. Swiss Medical Network (SMN) – ex-Genolier –, filiale du groupe fribourgeois Aevis Victoria, a conclu ce mardi une convention sur le rachat d’environ 29% de Générale-Beaulieu (GB). Ce capital était jusqu’ici entre les mains des clients de la société financière zurichoise Albin Kistler – à la suite du rachat de la participation de trois familles genevoises, dont la famille Brolliet.

Le personnel de la GB a été informé mardi en fin de journée de la transaction. Lors d’une séance organisée à 17h30, les médecins de l’établissement ont été encouragés à approuver le changement actionnarial ainsi que les importantes synergies prévues dans ce cadre. Les actionnaires, mis au courant ce mercredi, ont également été invités à accepter l’offre. Voire, à céder leurs propres parts, à un tarif revu à la hausse. «Car si SMN finit par récolter plus de 50% du capital, il promet d’investir davantage dans nos infrastructures», témoigne une personne présente lors de la réunion du personnel.

Lire aussi: Le groupe Genolier conteste les pratiques de l’assurance KPT/CPT

Montant de l’opération orchestrée par SMN: 187,5 millions de francs, soit 25 000 francs pour toute action nominative de la GB, payables en espèces. Dans une première tentative de rachat, l’an dernier, le groupe vaudois avait formulé une offre préliminaire à 16 000 francs par titre de propriété (valorisation à près de 130 millions de francs), mais sans connaître l’état du patrimoine et des actifs de la Générale Beaulieu. Cette estimation lui avait valu un refus net des propriétaires, composés d’environ 400 actionnaires, dont une moitié de médecins.

Consolidation inévitable

«Cet accord est le fruit d’un long processus, soit une réflexion lourde à grand renfort de consultants qui aura duré deux ans, indique François Dieu, professionnel de l’immobilier et président de la GB depuis juillet dernier. Le défi n’était pas lié à l’identité d’un potentiel repreneur, mais bien la stratégie à adopter face à l’évolution des conditions-cadres (une réglementation toujours plus contraignante, des technologies de plus en plus onéreuses, etc., ndlr).» Traduction: la tactique de l’isolement n’était plus pérenne pour la GB; il lui fallait chercher des alliances pour espérer faire des économies sans affaiblir ses prestations. «Je suis arrivé à un moment charnière, soit lorsque le stimulus à céder un paquet d’actions a été enclenché», témoigne celui que nous avons pu interroger quelques heures avant l’annonce officielle.

A suivi un appel d’offres, qui s’est soldé par une demi-douzaine de propositions – toutes différentes – de nature stratégique et financière. Parmi les intéressés, figurent des acteurs internationaux, nationaux, régionaux et même genevois. «Le projet médical, par son potentiel ainsi que par les aspects numériques avancés par SMN, nous est apparu comme étant le plus équitable pour l’ensemble des actionnaires et des collaborateurs de la clinique», poursuit Cédric Alfonso, depuis peu directeur général de la GB.

L’ADN restera intact

Pourquoi cette volte-face, sachant que l’offre initiale de SMN avait été rejetée? «Notre première proposition était amicale et assez spontanée, explique Antoine Hubert. Le deuxième tour de table s’est accompagné d’un accès au bilan comptable de l’établissement. Nous avons aussi pu discuter avec les praticiens et la direction pour affiner au mieux notre offre.» La tentative initiale de rachat était intervenue dans le cadre d’un rapprochement avorté entre la GB et sa concurrente les Grangettes. «Cette option était fondée sur un projet tout à fait différent, nuance Cédric Alfonso. La démarche actuelle est totalement ouverte: ceux qui y adhèrent peuvent rester, les autres ont la possibilité de vendre leurs parts à un très bon prix.»

L’alternative des Grangettes aurait au contraire conduit à une dissolution du capital des médecins de la GB. Ces derniers, détenant environ 30% de l’établissement, seraient passés à 12%. Alors que le propriétaire de référence des Grangettes, l’homme d’affaires Philippe Glatz, aurait obtenu la majorité dans la nouvelle structure (56%) combinant par ailleurs deux cultures très distinctes.

Des rapprochements à Genève

Parmi les axes de développements prévus dans le cadre du couple GB et SMN: des rapprochements avec les autres établissements genevois du numéro deux du secteur en Suisse (Centre médico-chirurgical et d’oncologie aux Eaux-Vives) et une complémentarité avec les quinze autres cliniques privées du groupe dans le pays, via le développement des pôles maternité – développement de cabinets de pédiatres, etc. – et urologie, notamment robotique. «Les bénéfices de cette alliance en termes de masse critique, via la mise en commun des cas par exemple, oncologiques, sont immenses, estime Antoine Hubert. Outre les échanges entre des centres de compétences virtuels regroupant plusieurs sites, il est prévu des synergies en matière d’achats, d’informatique, de formation, etc.» Autre avantage de s’annexer à un groupe d’envergure nationale: avoir plus de poids face à des caisses maladies, souvent suisses allemandes, et pour qui le marché genevois a toujours été considéré comme une exception à l’échelle romande.

Le mariage entre SMN et la GB ne risque-t-il pas de faire perdre son identité à l’établissement du bout du lac? «Non, la santé est avant tout une affaire régionale. La GB intègre un réseau, en conservant son ADN, une gouvernance propre et sa marque historique», assure Antoine Hubert. Et François Dieu d’ajouter: «Les médecins vont rester au cœur du système.»


Cliniques privées à Genève: les championnes du canton

Genève compte huit cliniques privées, dont la plus importante jouit d’une position hégémonique sur la Rive droite du Léman: l’Hôpital de la Tour. Le groupe La Tour Réseau de Soins et ses filiales ont été rachetées pour un demi-milliard de francs par des investisseurs privés, dont la famille Latsis détenant 54,78% de la banque EFG, laquelle s’est offert son homologue tessinois BSI, condamné à la dissolution en raison de son rôle dans le scandale financier malaisien 1MDB. L’établissement appartenait auparavant au fonds Colony Capital, propriétaire notamment de la chaîne de restaurants Buffalo Grill, du ranch de Michael Jackson ou de casinos aux Etats-Unis.

Deuxième du classement: la clinique des Grangettes. Cette dernière présente une structure actionnariale de «type familial et Suisse». Son actionnaire historique de référence est Philippe Glatz, détenteur majoritaire de Swiss Development Group, une entité active dans l’immobilier ayant dernièrement obtenu un sursis concordataire pour son chantier de rénovation – 120 millions de francs injectés – du Parc Kempinski au Mont-Pèlerin, à la suite de plaintes pour impayés de plusieurs fournisseurs. Philippe Glatz a aussi fondé en 2000 au Brésil la société C-Pack Creative Packaging, leader des emballages en plastique extrudé haut de gamme pour l’industrie pharmaceutique, alimentaire et cosmétique en Amérique du Sud. En 2011, cet ancien député genevois a ouvert au Brésil son second hôpital: SOS cardio.

Quatrième, derrière la GB: la clinique La Colline. L’opérationnel – mais pas les murs – de l’établissement a été cédé en 2014 pour 130 millions de francs au numéro un suisse du secteur, le groupe zurichois Hirslanden, propriété de la multinationale d’origine sud-africaine Mediclinic. Fondée par la congrégation religieuse des Sœurs Trinitaires d’Avignon, La Colline était auparavant gérée par Paul Hökfelt, par l’ex-banquier et actuel hôtelier de luxe René de Picciotto, ainsi que par la famille Gherardi (anciens actionnaires d’Unilabs).