Le premier ministre grec Georges Papandréou et le président Carolos Papouias ont entamé samedi à midi des discussions en vue de la formation d’un gouvernement d’union. Ce cabinet sera chargé de mettre en oeuvre le plan de sauvetage défini la semaine dernière à Bruxelles.

«L’absence d’un consensus risquerait d’inquiéter nos partenaires européens sur notre volonté à rester dans le noyau dur de l’euro», a mis en garde George Papandréou. Le chef du gouvernement a obtenu dans la nuit la confiance du parlement par 153 voix contre 145 sur un total de 300. Elle évite à la Grèce des élections anticipées que l’opposition conservatrice appelait de ses voeux et qui auraient torpillé l’accord trouvé à Bruxelles. George Papanfréou aurait toutefois laissé entendre qu’il était prêt à se retirer et à ne pas diriger ce gouvernement d’union.

Selon plusieurs sources, George Papandreou s’est mis d’accord avec son ministre des Finances Evangelos Venizelos pour quitter le pouvoir et lui laisser le soin de former le gouvernement de coalition. M. Venizelos aurait obtenu l’appui des dirigeants de plusieurs petits partis à la future coalition, dont un parti d’extrême-droite et un autre de centre-droit.

La nature de ce futur gouvernement est encore ouverte au débat, mais il devra être composé de responsables politiques, a dit Venizelos au parlement. Il aura pour objectif d’éviter une faillite du pays avant des élections anticipées dans quelques mois.

Rebelles

En laissant entendre qu’il était prêt à céder sa place, George Papandreou a semblé convaincre les rebelles du parti socialiste (Pasok) de rester dans le rang. «Mon poste est la dernière chose dont je me soucie. Peu importe même que je ne sois pas réélu. (...) Je n’ai jamais conçu la politique comme une profession», a dit le Premier ministre.

Papandreou a précipité sa chute en annonçant lundi un projet de référendum sur le dernier plan de sauvetage en date, à la surprise et la grande colère de ses partenaires européens. L’abandon de cette idée a été confirmé vendredi par Athènes.

Le chef de la droite continue d’exiger des élections immédiates

Le leader du principal parti de l’opposition de droite grecque Antonis Samaras a réaffirmé samedi après-midi son exigence d’«élections immédiates» début décembre. Il décline donc dans l’immédiat une invitation du premier ministre Georges Papandréou à former un gouvernement de coalition.

«Nous insistons sur notre demande d’élections immédiates», a affirmé M. Samaras au bureau de son parti, après que M. Papandréou eut appelé à la mi-journée à la formation «d’un gouvernement de coopération», apte à mettre en oeuvre au moins d’ici début 2012 le plan européen de désendettement adopté fin octobre à Bruxelles pour extirper la Grèce de sa crise politique et économique.

Encadré de l’ancien commissaire européen conservateur à l’environnement, Stavros Dimas, et du numéro deux libéral du parti, Dimitris Avramopoulos, M. Samaras n’a toutefois pas explicitement rejeté l’appel à l’ouverture de discussions lancé plus tôt par M. Papandréou.

«Nous maintenons notre proposition sur la table», a déclaré M. Samaras, qui a pour la première fois accepté mercredi de soutenir la ratification parlementaire du plan de sauvetage du pays adopté fin octobre à Bruxelles, mais en échange de la démission de M. Papandréou et de la tenue d’élections début décembre.

Tout en affirmant vouloir «lancer un message pour calmer les inquiétudes en Grèce et à l’étranger», il a accusé M. Papandréou de vouloir piéger l’opposition de droite, en exigeant d’elle qu’elle vote «avec le plan de Bruxelles, les nouvelles mesures d’austérité» induites par l’accord européen.

Les Grecs favorables

Selon trois sondages publiés dimanche par la presse, les Grecs sont majoritairement en faveur d’un gouvernement d’union nationale, proposé par l’exécutif socialiste à une opposition de droite réticente. Ils plébiscitent aussi à près de 80% l’ancrage dans l’euro.

D’après un sondage publié par l’hebdomadaire «Proto Thema», 52% des personnes interrogées préfèrent un «gouvernement d’union nationale». 36% optent plutôt pour des élections immédiates, que préférerait la droite, pour sortir le pays de la crise politique.

S’il confirme cette tendance, un autre sondage publié par «Ethnos» (socialiste) fait état d’un écart plus réduit: l’option d’un gouvernement de coalition est soutenue par 45% des Grecs interrogés, contre 42% qui sont en faveur des élections. Mais 10% se prononcent pour le maintien d’une équipe socialiste.

Les deux sondages, réalisés en début de semaine auprès d’échantillons respectifs d’un millier de personnes confirment l’europhilie record des Grecs, en dépit des sacrifices imposés depuis deux ans par les créanciers de la zone euro, avec un soutien massif (78% à 81%) au maintien du pays dans la monnaie commune face à une minorité (11% à 13%) de partisans d’un retour à la drachme.

Mais au moment où leurs dirigeants mènent des transactions pour tenter de former un gouvernement de coalition, les Grecs ne sont qu’une petite minorité à leur faire confiance pour sortir le pays de la crise: 43% ne se retrouvent dans aucun dirigeant selon «Ethnos», 52% ne font confiance à «personne» selon un troisième sondage publié par «Elefthéros Typos» (droite).

Ces sondages confirment aussi l’avance d’environ de dix points du parti conservateur de la Nouvelle-Démocratie de M. Samaras sur le Pasok (socialiste - au pouvoir), avec des intentions de vote d’environ 30% pour le premier et 20% pour le deuxième. Mais ces scores ne permettraient pas au premier de disposer d’une majorité absolue au parlement.

Déficits

Depuis la révélation de l’étendue des déficits et de la dette publics après le retour au pouvoir des socialistes fin 2009, les Grecs ont dû subir une cure d’austérité drastique, mêlant hausses d’impôts, baisses de salaires et de pensions de retraite, privatisations et coupes claires dans les dépenses de l’Etat, en échange de l’aide financière de l’Union européenne et du Fonds monétaire international.

Cette politique, qui a plongé le pays dans une profonde récession sans remettre suffisamment à niveau les comptes publics, a provoqué des grèves et des manifestations qui ont parfois dégénéré en violences.