Horlogerie

Georges Kern met le cap sur Breitling

Après trois mois intensifs passés à la tête des maisons horlogères du géant Richemont, l’ex-patron d’IWC Schaffhausen s’investit personnellement dans la marque au B ailé

Visite annulée. Vendredi matin, Georges Kern était attendu dans la petite ville allemande de Glashütte, pour une rencontre chez Lange & Söhne, l’une des marques horlogères dont il était responsable au sein du groupe Richemont. Mais la séance de travail n’a pas eu lieu.

Dans un communiqué laconique envoyé à l’aube, le groupe de luxe genevois a annoncé que son responsable de l’horlogerie, du marketing et du numérique, entré en fonction le 1er avril dernier, démissionnait avec effet immédiat. «Une intéressante opportunité de devenir entrepreneur a été offerte à Georges. […] Nous lui souhaitons le meilleur», commentait sobrement le président de Richemont, Johann Rupert. Pour l’heure, personne n’est prévu pour le remplacer.

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Bref courriel

Dans les plus hautes sphères de la direction de Richemont, la nouvelle n’est tombée que quelques heures plus tôt, via un bref courriel de l’intéressé. Il y remerciait ses collègues pour les années passées avec eux – essentiellement à la tête de la marque IWC Schaffhausen – et annonçait qu’il avait saisi l’occasion de devenir actionnaire «d’une grande maison au grand potentiel». Un message «clair, court, précis… très Kern, en fait», commente l’un des récipiendaires du courrier. Mais un message qui ne précisait pas que la «grande maison» en question se nommait Breitling.

Rachat d’actions

Selon différentes sources concordantes contactées vendredi par Le Temps, Georges Kern intégré le capital de la société basée à Granges (SO). La famille Schneider, propriétaire historique de la marque dont le logo est un B ailé, avait vendu l’entreprise au fonds d’investissement britannique CVC en avril dernier pour 850 millions de francs. Georges Kern devrait contribuer à accélérer la croissance de la marque, notamment sur les marchés asiatiques ou dans l’univers numérique. Ni CVC ni Breitling n’ont souhaité commenter cette information. Georges Kern n’était pour sa part pas joignable vendredi.

Coup de tonnerre

De Glashütte à Bellevue (GE) en passant par Schaffhouse, La Chaux-de-Fonds ou Le Brassus, la nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Car, nommé en novembre dernier dans le cadre d’un profond remaniement de Richemont – aux côtés de Jérôme Lambert, responsable des opérations et des marques non horlogères et non joaillières –, Georges Kern s’était largement impliqué dans la restructuration du groupe aux 8000 employés en Suisse.

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Décisions «tranchantes»

«Il a par exemple pris des décisions assez tranchantes, notamment dans le marketing, relève un cadre du groupe. Toutes les marques ont dû se réorienter complètement sur le numérique et nous avons tous été obligés de couper nos investissements print.» Sous son impulsion, l’indicateur du sell-out (vente au client final) a également été davantage pris en compte que celui du sell-in (vente aux intermédiaires).

Mais l’impact de Georges Kern a été ressenti différemment selon les marques. Il est notamment resté très présent chez IWC Schaffhausen, qu’il avait rejoint en 2002 – ces dernières semaines, il avait d’ailleurs conservé son bureau à Schaffhouse –, et ses décisions ont eu des conséquences directes pour des sociétés comme Jaeger-LeCoultre, Vacheron Constantin ou Piaget. «Les trois marques qui avaient besoin d’un vrai coup de fouet», comme le résume un patron concurrent.

Son truc, c’est la communication, faire monter des marques en puissance. L’administration, gérer des managers, ça le barbe

«Il y a eu de la casse, admet un employé de Jaeger-LeCoultre, où Georges Kern occupait le poste de directeur ad interim. Il a bouleversé de nombreux projets. Des gens qui étaient en place depuis vingt-cinq ans ont pris la porte; le but était de rajeunir les équipes.» Au total, ce n’est pas moins de «plusieurs dizaines» de personnes qui ont été remplacées, et ce dans tous les départements de l’entreprise.

Malgré cette implication, la proposition du fonds d’investissement de CVC a séduit Georges Kern car ce poste à la tête des différentes maisons horlogères de Richemont ne lui aurait pas plu. «Son truc, c’est la communication, faire monter des marques en puissance. L’administration, gérer des managers, ça le barbe», assure l’un de ses collègues directs. Dès lors, la possibilité de «réveiller» une marque comme Breitling – indépendante, riche d’une longue histoire, forte d’un important outil industriel – devait logiquement remporter son adhésion.

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