Innovation (1/5)

Geosatis suit les prisonniers à la trace

Chaque jour de cette semaine, «Le Temps» présente une société qui veut placer la technologie au service de l’homme. Geosatis envisage d’étendre son savoir-faire aux cargos, aux voitures autonomes ou au ramassage des poubelles

Pendant cette année des 20 ans, Le Temps met l’accent sur sept causes emblématiques. La sixième porte sur «la technologie au service de l’homme». Dans cette série, nous mettrons en avant des entreprises suisses orientées vers l’amélioration du quotidien.

C’est en discutant avec le directeur de la prison genevoise de Champ-Dollon, en 2006, que José Demetrio a eu l’idée de créer des bracelets électroniques pour la surveillance de prisonniers qui purgent leur peine à domicile. «J’ai voulu répondre à un réel besoin du milieu carcéral», note celui qui est parti d’une feuille blanche pour concevoir un appareil, porté à la cheville, capable de géolocaliser des individus aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des bâtiments.

Le bracelet rigide et indestructible de 180 grammes ne s’ouvre que par une clé sécurisée ou par une commande envoyée à distance depuis un centre de supervision. Il est truffé de capteurs, qui détectent une éventuelle tentative de sabotage mais aussi un comportement suspect du prisonnier. «Nous utilisons des algorithmes d’intelligence artificielle capables de déceler tout changement de comportement. Par exemple, si la personne se lève souvent la nuit ou si elle modifie son trajet pour aller travailler», donne comme exemple Mehdi Megdiche, directeur opérationnel de Geosatis.

Bureau aux Etats-Unis

Attiré par le savoir-faire horloger, José Demetrio a décidé, en 2011, d’établir la société Geosatis dans le Jura, au Noirmont. Au cœur du village, l’entreprise de haute technologie a pris ses quartiers dans l’ancienne usine de boîtes de montre Joseph Erard. Le style industriel des lieux a été conservé. A la cafétéria, un antique monte-charge côtoie un baby-foot alors que les baies vitrées offrent une vue bucolique sur le village. Les bracelets sont fabriqués au Locle, tandis que toute la partie logicielle, le développement mécanique et électronique, est réalisée au Noirmont. Un bureau de 10 personnes sur le site de l’EPFL est, pour sa part, chargé de l’analyse des données.

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La société qui clôture actuellement une nouvelle levée de fonds de plus de 10 millions de francs prévoit d’ouvrir un bureau aux Etats-Unis d’ici à la fin de l’année. La nouvelle version du bracelet répond aux normes d’outre-Atlantique. Celui-ci peut contenir deux cartes SIM et est compatible avec quatre systèmes de positionnement par satellite (GPS, Galileo, Glonass et Beidou) permettant d’offrir la meilleure géolocalisation possible.

«Nous travaillons aujourd’hui sur tous les continents. Comme les Etats-Unis représentent 50% du marché mondial, nous prévoyons de multiplier par dix la production de nos bracelets, à 20 000 unités», se réjouit José Demetrio, qui reste discret quant au nom des gouvernements avec lesquels son entreprise travaille. «Nous n’acceptons pas ceux qui ne respectent pas les droits de l’homme», tient-il à préciser.

Chiffre d’affaires triplé

Le potentiel de croissance de l’entreprise semble important, avec des possibilités d’accéder à des marchés qui sont encore mal équipés, comme le Brésil, le Mexique, la Russie ou la Chine. L’Europe serait aussi très en retard. «En France, 11 000 personnes sont équipées de bracelets électroniques qui fonctionnent uniquement sur radiofréquence. On perd leur trace dès qu’elles quittent leur domicile», déplore Mehdi Megdiche.

Chaque année, Geosatis a triplé son chiffre d’affaires, tenu confidentiel. «En 2018, la société sera rentable», prévoit José Demetrio, qui n’en dira pas plus. La société ne vend pas ses bracelets mais elle les loue en concluant des contrats sur 5 ans. Chaque contrat lui rapporte entre 1 et 10 millions de francs. «Les cycles de vente sont très lents car nous travaillons avec des gouvernements», constate José Demetrio, qui doit aussi faire face à la concurrence de quatre autres sociétés. L’entreprise – financée notamment par Sicpa, Swisscom, des fabricants horlogers et Laurent Dassault – prévoit de déployer sa technologie vers d’autres applications, pour sécuriser par exemple des cargos à risque, les voitures autonomes ou même le ramassage des poubelles.

En revanche, Geosatis n’évoque aucune difficulté en matière de recrutement. La société, qui double ses effectifs chaque année, devrait compter 60 collaborateurs d’ici à fin 2018 et 100 à moyen terme. «Nous n’avons aucune difficulté à attirer des ingénieurs au Noirmont. Il y a une qualité de vie unique ici», estime ce Vaudois qui a déménagé dans le Jura.

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