La géothermie profonde souffre d’un défaut de financement

Energie Après les échecs à Bâle et Saint-Gall, les projets se font rares

La méfiance face à la fracturation hydraulique joue un rôle négatif évoqué par les experts

Comment mieux dissocier, dans l’esprit du grand public, les risques liés à la fracturation hydraulique utilisée pour extraire du gaz de schiste, et le recours à cette même technique qui peut intervenir pour exploiter au mieux la chaleur du sous-sol en géothermie profonde?

C’est l’une des questions discutées, mardi à Berne, lors d’un congrès sur ces techniques de forage et leurs conséquences, qui a réuni quelque 200 spécialistes du domaine de la géologie et de l’énergie. Malgré l’arrêt, en 2006, du projet à Bâle à la suite d’une secousse sismique, et de celui de Saint-Gall, en 2013, en raison de la découverte inattendue d’une petite poche de gaz au lieu d’eau chaude, la géothermie profonde comme source d’énergie pouvant compenser en partie la sortie du nucléaire reste au programme du Conseil fédéral.

Sa part dans les énergies renouvelables escomptées par la Confédération a diminué au fil de ­l’évolution du projet Stratégie énergétique 2050, mais elle reste importante. La production d’électricité par de la vapeur tirée du sous-sol surchauffé devrait représenter 1,4 milliard de kWh en 2035, et près de 5 milliards de kWh en 2050, soit 7% de la consommation suisse. Trois installations pilotes de géothermie profonde devraient être mises en service d’ici à 2025.

Le site jurassien de la Haute-Sorne dans la vallée de Delémont, et celui d’Aubonne (VD) sont en lice, alors que le canton de Genève s’est lancé dans un programme de sondage visant en première priorité à utiliser la géothermie de moyenne profondeur pour fournir de la chaleur. La production d’électricité pourrait compléter le programme genevois dans un deuxième temps.

Les réticences de la population face aux techniques de forage utilisées sont l’une des préoccupations des experts. Michel Meyer, chef de projet auprès des Services industriels genevois (SIG), a tenu, lors du congrès, à dissocier les risques de forage liés à la recherche de gaz de schiste et ceux en rapport avec la géothermie.

«Ce n’est pas le même monde, explique-t-il. Les forages gaziers impliquent l’injection de produits chimiques et de grandes quantités d’eau. La géothermie, par contre, utilise de l’eau en circuit fermé et les injections, quasiment sans additifs chimiques, visent uniquement à profiter de la porosité de la roche pour agrandir le réservoir d’eau chaude souterrain. Il s’agit donc de stimulation hydraulique et non de fracturation hydraulique.»

Le risque de pollution de l’environnement et des eaux souterraines est ainsi généralement associé à la fracturation hydraulique gazière, alors que la géothermie implique un risque de faible secousse sismique. «On recense en moyenne sept tremblements de terre naturels en Suisse par an dépassant la force 3 sans que la population s’en rende compte. Ils ne causent pas de dégâts matériels. Il faut donc relativiser le risque sismique», relève Michel Meyer.

Olivier Lateltin, responsable du Service géologique national auprès de Swisstopo, constate que le développement de la géothermie profonde en Suisse prend du retard. «Il faut que les géologues s’engagent dans le débat énergétique», a-t-il lancé aux congressistes à Berne. Des voix s’élèvent en effet pour exiger un moratoire de dix ans sur la fracturation hydraulique. Un rapport du Conseil fédéral est attendu sur le sujet suite à un postulat accepté par le Conseil national en juin 2013.

«Un moratoire n’est pas nécessaire, car ces techniques sont bien connues et sont sûres si elles sont bien encadrées et surveillées», relève Olivier Lateltin. Il estime d’autre part que pour stimuler l’énergie géothermique, il faudrait notamment changer son mode de financement. «Le mieux serait de recourir à la taxe sur le CO2, en révision, plutôt qu’à la rétribution du courant électrique renouvelable injecté (subvention RPC).»

La fracturation hydraulique est victime d’une mauvaise réputation qui nuit à la géothermie