Les contrefacteurs chinois n'y vont pas par quatre chemins, copiant les produits, mais aussi le nom de leur victime et son logo. Geberit, leader européen des installations sanitaires, en a fait l'expérience avec un concurrent baptisé… «Gepeli». Quand on sait que la marque suisse prononcée à la chinoise ressemble à cela et que le graphisme – y compris le carré bleu – ont été soigneusement repris, on mesure le culot et l'impunité relative des pirates infestant le plus grand marché du monde. Outre Gepeli, Geberit a eu maille à partir en Chine avec Hansbo Group et RT Plumbing.

«Les mauvaises surprises peuvent même venir de ses propres employés ou d'un partenaire», relève une récente étude de la banque Vontobel consacrée au développement de Geberit en Chine. Un de ses distributeurs avait mis sur pied ses propres ateliers de fabrication et revendait indifféremment les produits d'origine et les copies. Traîner les contrefacteurs au tribunal «ne sert pas à grand-chose», ajoutent Christian Arnold et Beat Fuegistaller, auteurs du rapport, car même si le fautif est sanctionné, une autre usine prend le relais ailleurs dans les semaines qui suivent. Les procès exercent un effet plus dissuasif sur les marchés d'exportation.

Un «Far West asiatique»

Ce problème, dont les conséquences financières ne sont pas chiffrées par l'étude, reste l'un des principaux rencontrés dans le «Far West asiatique». L'autre est la forte rotation du personnel. Sans doute n'est-il pas difficile de recruter des employés à des salaires avantageux. Autour de Shanghai, un ouvrier non qualifié gagne environ 120 francs suisses par mois, un diplômé d'université environ 260 francs et un directeur 3800 francs ou davantage. Mais les Chinois discutent très ouvertement de leur salaire et ne reculent pas devant des demandes salées – une augmentation de 100% n'est pas rare. Cela entraîne un fort tournus (50% chez les employés non qualifiés de Geberit), des employés faisant valoir ailleurs leur expérience, même brève, dans une entreprise occidentale.

Nonobstant ces difficultés, Geberit croit au potentiel de la région, où elle est présente depuis 1988. Si le marché ne représente encore que 2,3% du chiffre d'affaires total, cette proportion devrait plus que doubler en 2008 grâce à une croissance organique qui a atteint par exemple 44,4% au dernier semestre. La société emploie 19 personnes en recherche et développement à Shanghai et a augmenté ses forces de vente de 12 à 67 personnes. En raison de ces investissements, l'exercice sera déficitaire en 2005/6 pour la région, alors qu'il était équilibré en 2003.