Etude

Les gérants de fortune suisses peinent à gérer des portefeuilles en euros

Les rendements des portefeuilles ont en général été satisfaisants en 2015, selon une étude de Zwei Wealth Experts. Deux problèmes toutefois: La performance des portefeuilles en euros et les coûts de gestion augmentent

Les gérants suisses ont généralement bien travaillé en 2015, selon une étude de Zwei Wealth Experts. Cette société suisse évalue de façon quantitative et qualitative la performance des gérants de fortune et des gérants d’actifs de 42 instituts et de 309 stratégies de portefeuilles en Suisse.

Son appréciation est relative. Les auteurs comparent les stratégies «intelligentes» des gérants avec les stratégies neutres. Ces dernières, qui pourraient être appelées stratégies par défaut, sont celles qui seraient adoptées si un institut ne voulait courir aucun risque d’échec par rapport à ses concurrents et à l’indice. La performance, sans les coûts, est d’autant plus satisfaisante que la stratégie de l’institut est proche (inférieure à 1% de l’indice) ou dépasse le rendement neutre.

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En 2015, les portefeuilles en francs suisses ont par exemple obtenu un rendement inférieur de seulement 0,88% au rendement neutre. C’est une bonne performance si l’écart ne dépasse pas 1%, de l’avis de Patrick Müller, directeur de Zwei Wealth Experts. C’est mieux que l’année précédente, lorsque l’écart était de 2,62% en 2014. Si la performance est inférieure au rendement neutre en 2015, les instituts le doivent aux résultats médiocres de leur gestion obligataire, selon Zwei Wealth Experts. Presque tous les instituts auraient été positionnés dans un sens que n’a pas suivi le marché.

La performance des stratégies en dollars est encore meilleure que celles en francs. Le rendement est supérieur de 0,18% au rendement neutre, après avoir été inférieur de 2,25% en 2014, selon Patrick Müller.

Problème majeur avec les stratégies en euros

Par contre, la performance est médiocre pour les portefeuilles en euros gérés en Suisse. La différence est négative de 1,44%, après l’avoir été de 2,58% en 2014. Zwei Wealth Experts observe que seules 33% des stratégies en euros «agressives» (plus forte part en actions) présentent un rendement «satisfaisant», contre 41% pour les portefeuilles en francs et 38% en dollars.

«En raison de l’importance des investisseurs européens pour la place financière suisse, il serait urgent de procéder à des améliorations», observe Patrick Müller. La remarque n’est pas valable que pour 2015. Au cours des six dernières années, les stratégies en euros n’ont pas été à la hauteur de la renommée de la place suisse, ajoute-t-il.

Patrick Müller explique ce problème en premier lieu par une insuffisante sélection de titres. «Il ne suffit pas d’ajouter quelques titres européens à un portefeuille destiné à un client basé en francs et fortement pondéré en actions suisses. Il faut disposer du savoir local», fait valoir Patrick Müller.

Réduction entre les meilleurs et les pires

L’amélioration est perceptible à l’aune d’un autre critère: Les écarts entre les meilleures et les pires stratégies se sont réduits en 2015. La différence n’est que de 7,9% en francs suisses, contre 9,73% l’année précédente. Elle avait dépassé les 15% en 2010 et 2011. L’écart atteint 7,29% pour les stratégies en dollars (12,65% en 2014) et 14,1% en euros (13,76% en 2014). L’analyse montre également que plus une stratégie accroît la part des actions, donc le risque de portefeuille, et plus la stratégie accroît sa probabilité de s’éloigner du rendement neutre.

Le succès d’une stratégie n’est pas le fruit du hasard car certains gérants présentent un bon rendement de façon consistante à travers les années, selon Patrick Müller. Zwei Wealth Experts qualifie de «top gérants» les 20% qui année après année présentent une très bonne performance dans leur centre d’expertise.

L’étude de Zwei Wealth montre par ailleurs que les coûts de gestion restent chers. Si les prix des mandats de gestion sont demeurés stables, ceux des mandats de conseils se sont nettement renchéris. Et si les instituts parlent souvent de solutions individualisées, les solutions de gestion se sont davantage standardisées, selon les auteurs. «L’offre est complète, mais la place peut mieux faire en matière d’innovation et de coûts», conclut l’étude.

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