Economie

Des gérants japonais utilisaient la Suisse pour tromper leurs clients

Un des escrocs a été condamné à Zurich pour complicité de gestion déloyale. Sa victime réclame 8 millions de francs à un établissement helvétique

Cet été, la justice zurichoise a condamné un gestionnaire de fortune japonais à 2 ans de prison avec sursis pour complicité de gestion déloyale. L’homme était détenu depuis près d’une année. Son complice était resté libre de ses mouvements au Japon, la police nippone refusant d’intervenir dans une affaire qu’elle estime «suisse». Pour tromper de riches Japonais, les deux hommes utilisaient la société Miwa Asset Management (Miwa), enregistrée à Bach (Schwyz).

Ce cas «illustre une nouvelle fois comment l’aura de la place financière helvétique attire des gestionnaires mal intentionnés pour réaliser des opérations financières frauduleuses en Suisse. Les cas impliquant des Japonais se succèdent», observe Charles Ochsner, un des avocats de leur victime.

L’affaire démarre en mars 2008, à Tokyo. L’héritier d’une chaîne de restaurants de sushis est présenté par un haut fonctionnaire du Ministère des finances aux deux gestionnaires. Ils lui proposent de placer sa fortune en Suisse. En confiance, le client accepte, mais il dit avoir insisté pour bénéficier d’une gestion prudente. Entre juillet et août 2008, il confie ainsi 5,5 millions de francs en liquide à l’un des deux gestionnaires. Dans la foulée, ce dernier effectue 56 transactions sur un produit dérivé lié à l’action Urban Corporation, un groupe immobilier japonais, via une société-paravent au Panama créée pour son client.

En reprenant les relevés des transactions, le client réalise que les achats se font tous à un prix supérieur à celui du marché et toutes les ventes à un prix inférieur. Conséquence: des pertes systématiques. Un jour après la dernière transaction, Urban Corporation dépose son bilan. Sa fortune est donc perdue.

Miwa était en relations d’affaires avec Swissfirst, acquise par la Banque Pasche en automne 2007. D’après le jugement rendu à Zurich, les deux gestionnaires ont passé par des comptes de la banque genevoise pour faire disparaître une partie de la fortune confiée par leur victime. Cette dernière avait hérité de 25 millions de francs suite à la vente de la chaîne de restaurants que ses parents géraient avant elle. Dans la procédure, simplifiée, le gérant a reconnu sa culpabilité, mais a avancé qu’il n’avait pas assez d’argent pour dédommager la victime.

Les avocats de la victime ont alors décidé de se tourner vers l’établissement bancaire. Dans un courrier adressé à la Banque Pasche il y a un mois, ils lui réclament près de 8 millions de francs. La succursale zurichoise de cet établissement genevois, lui-même détenu par le groupe français Crédit Industriel et Commercial, aurait failli à son devoir de diligence vis-à-vis de transactions financières irrégulières. Interrogée, la Banque Pasche estime qu’elle a agi de manière parfaitement régulière. Elle conteste fermement toute implication fautive.

«Les transactions exotiques sur les produits dérivés auraient dû immédiatement alerter la division Compliance de la Banque Pasche», martèlent les avocats de la victime. D’autant plus qu’un ex-employé de l’établissement bancaire, responsable de la division Compliance, tirait la sonnette d’alarme deux mois après les transactions sur les produits dérivés. Dans un courriel, daté du 8 octobre 2008, faisant référence à Miwa, la société intermédiaire suisse, et ses multiples relations bancaires, le responsable de la compliance d’alors notait: «Il y a beaucoup de va-et-vient dans les comptes, avec des montants de 1,3 ou 5 millions de francs. […] Pour moi, c’est un sujet très problématique concernant l’article 7 [sur la fuite des capitaux] de la Convention relative à l’obligation de diligence des banques. A mon avis, on ne devrait plus accepter cet argent, car […] les comptes changent d’ayants droit économiques. […]. Je ne me sens pas à l’aise avec ce business.»

«Les transactions exotiques sur des dérivés auraient dû mettre en alerte la banque genevoise»

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