L'euro est bien représenté au sein des portefeuilles domestiques des gérants suisses. Peut-être même un peu trop. Car si l'on prend comme référence l'indice MSCI (Morgan Stanley Capital Index) World, la zone euro ne représente que 17% de la capitalisation boursière mondiale. Or, d'après Pierre-Yves Bacchetta, président du Comité de placement chez Pictet & Cie, la grille d'allocation d'actifs de la banque recommande une proportion de 20% d'actifs en euros dans les portefeuilles domestiques. «Une proportion relativement élevée en raison de la stabilité du taux de change entre le franc suisse et l'euro, qui risque de baisser si le franc suisse s'apprécie.» Le pourcentage d'actions en euros des portefeuilles balancés domestiques monte à 25% chez Darier Hentsch & Cie, en passant par 20,4% à l'UBS et 22% au Credit Suisse.

La stabilité de la devise européenne par rapport au franc suisse, la confiance dans la reprise de l'eurozone et l'engouement initial pour la monnaie unique expliquent souvent la surpondération des actions en euros dans les portefeuilles domestiques des gérants suisses. Mais si la pondération actuelle peut paraître justifiée, elle ne l'était pas il y a quelques mois: «Nous avons fait la même erreur que beaucoup de gestionnaires en Europe, concède Jean-Claude Manini, économiste chez Darier Hentsch & Cie. En surpondérant l'eurozone, nous avons été pénalisés par la performance du dollar.» La proportion des actifs en euros ne devrait donc pas s'accroître pour l'instant. «La question que l'on se pose maintenant a plus trait à l'importance du franc suisse qu'à l'euro, qui est déjà généreusement représenté», continue Jean-Claude Manini.

«Au début, nous pensions que l'euro se tiendrait bien, ajoute Jaime Arguellot, responsable de la gestion obligataire chez Pictet & Cie. Mais les différences conjoncturelles entre la zone euro et les Etats-Unis se sont accentuées depuis le début de l'année, avec une performance américaine plus forte que prévu.»

Chez Pictet & Cie, où l'attitude a été prudente vis-à-vis de l'euro, «le rebond récent de la monnaie unique se traduira peut-être par une ouverture plus large des positions en euros vis-à-vis du dollar pour les clients domestiques», stipule Jaime Arguellot, responsable de la gestion obligataire. A son avis, les signes de reprise de la zone euro, le ralentissement probable de l'économie américaine au second semestre et la crainte d'un déficit commercial américain croissant finiront peut-être par peser sur le dollar. «Nous nous attendons à une reprise de l'euro contre le dollar dans les mois qui viennent, continue Pierre-Yves Bacchetta. La pondération de l'euro s'accroîtra si nous restons persuadés que le franc suisse restera proche de l'euro en termes de changes.» La tendance sera donc à son avis d'accroître les actifs en euros au cours du troisième trimestre, puis de revenir au franc suisse en fin d'année, en raison des mouvements de marché dus à la crainte du bug de l'an 2000.

En ce qui concerne la part des obligations en euros dans les portefeuilles balancés domestiques, la tendance est à la sous-pondération. A titre d'exemple, la proportion s'élève à 15% au Credit Suisse et à 17% à l'UBS. Alors que dans le Salomon Gouvernement Bond Index, la zone euro représente 36% de la capitalisation obligataire mondiale. Cette proportion, qui atteint 49% du portefeuille chez Darier Hentsch & Cie, est surtout composée d'obligations à échéances courtes. «Nous avons déjà eu une hausse importante des rendements et il n'y en aura peut-être pas plus, mais nous restons prudents», explique Jean-Claude Manini. Le scénario du groupe est optimiste sur les actions européennes. Mais ces dernières comportent aussi leur dose de risque.