C’est officiel: les investisseurs n’en peuvent plus du marché baissier qui les taraude depuis le début de l’année. Ils n’attendent qu’une chose: que les indices touchent enfin un plancher suffisamment convaincant pour permettre une nouvelle phase de hausse. C’est ce que montre le dernier sondage de Bank of America, publié ce mardi, qui décrit un niveau de pessimisme jamais vu depuis des années. Les gérants d’actifs sondés à travers le monde veulent que les marchés capitulent, et le plus tôt sera le mieux.

En langage financier, une capitulation correspond à un moment bref mais intense de ventes à tout-va. Cette phase dans la psychologie des investisseurs arrive après l’anxiété, le déni, la peur, le désespoir et la panique, qui se succèdent au fur et à mesure que les marchés s’enfoncent dans le rouge. La capitulation correspond à l’avant-dernière marche dans l’évolution mentale des investisseurs avant l’abattement, qui coïncide souvent avec le plus bas des marchés – et le moment où le potentiel de gain se trouve au maximum.

Capitulation sur la macroéconomie

Et il tarde aux 326 gérants - interrogés comme chaque mois par Bank of America - d’atteindre ce point bas. Ils ont déjà capitulé concernant la macroéconomie: leurs attentes de croissance figurent parmi les plus pessimistes de l’histoire de ce sondage référence, même si une écrasante majorité d'entre eux pronostiquent une baisse de l’inflation.

En conséquence, les financiers affichent le niveau de cash dans leurs portefeuilles le plus élevé depuis avril 2001, à 6,3%. Ils sont également très sous-pondérés en actions, seuls les services publics et la consommation de base trouvant encore grâce à leurs yeux.

Depuis janvier, les marchés actions américains sont en recul de -16% à -31%. La baisse oscille entre -12 et -21% en Europe et entre -3 à -30% en Asie, le tout dans un contexte de baisse de l’obligataire. Les gestionnaires sondés, qui représentent un total de près de 1000 milliards de dollars d’avoirs, prévoient un grand rallye au premier semestre 2023, lorsque la Fed devrait recommencer à abaisser ses taux d’intérêt, selon eux.

Mais pour le moment, l’ambiance morbide qui ressort du sondage Bank of America est confirmée par un indicateur de Credit Suisse basé sur le sentiment des investisseurs sur le marché des options. Ce CSFB (pour Credit Suisse Fear Barometer) est tout proche du niveau historique qu’il avait atteint le 30 septembre 2008, deux semaines après la chute de Lehman Brothers – un moment de stress intense. Autre signe, la volatilité demeure élevée.

Et pourtant, deux séances positives

C’est dans ce contexte tendu qu’ont pourtant eu lieu deux séances positives de suite, lundi et mardi. Cet apparent paradoxe s’explique par «la chasse aux bonnes affaires et le retour du FOMO, la peur de rater une occasion [«fear of missing out» en anglais, ndlr], qui fait que les investisseurs, même s’ils sont tiraillés, sont aux aguets de la moindre nouvelle qui pourrait justifier un rebond», explique Jean-Frédéric Nussbaumer, conseiller en investissement à la banque Gonet. Lundi, le demi-tour opéré par le gouvernement anglais et la croyance que la Banque d’Angleterre se montrera un peu moins dure sont certains des facteurs justifiant la hausse, poursuit le spécialiste, qui couvre les marchés quotidiennement.

«Les résultats des entreprises qui ont commencé à être publiés pour le troisième trimestre soutiennent également la tendance, ils ne sont pas si mauvais et le consommateur semble aller moins mal que prévu», poursuit Jean-Frédéric Nussbaumer.

Néanmoins, il n’exclut pas que les grands investisseurs soient «de retour sur le marché avec de larges programmes d’achats. Contrairement au rebond technique observé jeudi, on a observé lundi une demande soutenue tout au long de la séance». Un marché fragile avait de bonnes raisons de baisser mardi, entre le rendement des bons du Trésor américain qui ont dépassé les 4%, Apple qui a revu ses ambitions à la baisse pour son iPhone 14S et la forte hausse de la bourse la veille. Mais le marché s’est montré résilient. Mercredi en fin d’après-midi, les principaux indices actions américains et européens affichaient une légère baisse, plus marquée pour le SMI suisse (-0,8%).