Pharma

Gérard Ber: «Notre traitement contre le cancer offre de l’espoir»

Novartis a finalisé lundi le rachat de la société AAA, issue du CERN, pour près de 4 milliards de francs. L’entreprise devrait rester une entité indépendante et les équipes pourraient être renforcées. Interview de Gérard Ber, cofondateur de AAA

Novartis est devenu lundi l’officiel propriétaire de la société Advanced Accelerator Applications (AAA), une société issue du CERN, établie à Genève et à Saint-Genis-Pouilly, dans l’Ain, juste de l’autre côté de la frontière. Le groupe bâlois a lancé une offre publique d’achat en espèces, à l'automne dernier, pour acheter la totalité des actions ordinaires, au prix de 41 dollars par action ordinaire et 82 dollars par American Depositary Share. L’entreprise, experte en médecine nucléaire moléculaire, est ainsi valorisée à près de 4 milliards de francs alors que les revenus d’AAA se sont montés en 2016 à 109 millions d’euros et à 106 millions au cours des neuf premiers mois de 2017. Novartis a émis une seule condition: détenir au minimum 80% d'AAA. Gérard Ber, cofondateur du groupe, revient sur cette opération.

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Le Temps: Quel est votre sentiment par rapport à cette acquisition?

Gérard Ber: AAA est cotée au Nasdaq. Quand une société publique reçoit une offre, la direction a des responsabilités vis-à-vis de ses actionnaires. Nous avions l’obligation d’examiner cette proposition, qui s’est avérée intéressante. Mes sentiments sont toutefois partagés. C’est une page qui se tourne, un peu comme un enfant qui quitte la maison. Je suis à la fois content de voir ce nouveau développement. L’entreprise va pouvoir bénéficier de la force de Novartis en matière de marketing et d’expertise pharmaceutique. Mais, en même temps, je vais devoir quitter une entreprise que j’ai cofondée en 2002 avec Stefano Buono et pour laquelle je me suis impliqué à 150%.

Quels sont vos projets?

Dans un premier temps, nous allons, avec Stefano Buono, rester consultants dans AAA pendant une année, pour soutenir le nouveau management mis en place par Novartis et assurer la meilleure transition possible pour le succès de l’entreprise.

Vous détenez quel pourcentage de l’entreprise?

Environ 1% qui me permettra, après cette année passée avec Novartis, de développer de nouveaux projets et de vivre confortablement.

Novartis a décidé de garder AAA comme entité indépendante et les équipes devraient plutôt être renforcées que réduites

Les équipes seront-elles maintenues?

L’entreprise compte actuellement 600 personnes, dont 40 personnes à Genève qui s’occupent de la recherche, de la régulation, des finances et du management. Novartis a décidé de garder AAA comme entité indépendante et les équipes devraient plutôt être renforcées que réduites. Aujourd’hui, la société compte quatre unités de fabrication, trois en Europe et une dans le New Jersey. Il est important de maintenir ces unités de production car nos traitements, fabriqués la nuit, doivent être livrés très rapidement. Notre produit de diagnostic contient du fluor 18, un élément radioactif. Ce produit doit être utilisé dans les huit heures après sa fabrication.

Quelle plus-value AAA apporte-t-elle à Novartis?

Une expertise dans le développement de produits diagnostiques et de thérapeutiques en médecine nucléaire moléculaire pour un certain nombre d’indications en oncologie, neurologie, cardiologie. Cette spécialité médicale utilise des quantités infimes de substances radioactives pour diagnostiquer, traiter et surveiller les maladies. Cette technologie fournit aux médecins des informations souvent indisponibles sans chirurgie ou procédures de diagnostic plus invasives.

Vous avez aussi obtenu en 2016 l’enregistrement des traitements Nestspot aux Etats-Unis et Lutathera en Europe en 2017 pour les tumeurs neuroendocrines. Ces tumeurs touchent quels organes?

Les tumeurs neuroendocriniennes peuvent apparaître dans tout l’organisme mais se situent majoritairement dans le système gastro-intestinal (estomac, intestin grêle, rectum, côlon…), dans le pancréas, les poumons et le foie. Il s’agit de tumeurs pour lesquelles l’arsenal thérapeutique est encore limité. Notre traitement offre de l’espoir pour ces patients. Le Lutathera a démontré en étude de phase III une réduction de 79% du risque de progression de la maladie ou de décès chez les patients.

Quels autres produits développez-vous?

Lutathera est notre premier produit thérapeutique à être mis sur le marché mais nous développons d’autres produits en «théragnostic». Cette technique consiste à utiliser une molécule de ciblage qui a une attraction particulière pour un type de tumeur en le marquant d’un élément radioactif de diagnostic comme le gallium 68 ou le fluor 18 ou en le marquant d’un élément thérapeutique comme le lutétium 177. Avec cette technique, nous espérons cibler d’autres types de cancers, notamment celui de la prostate.

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