Numéro trois sur le marché suisse des fonds de placement, Swissca, la société commune des banques cantonales centrée sur les fonds de placement, a changé d'enseigne le 1er janvier et s'appelle désormais «Swisscanto». Interview de Gérard Fischer (46 ans), président de la direction générale.

Le Temps: Quels avantages entendez-vous retirer de la nouvelle enseigne «Swisscanto»?

Gérard Fischer: Il y a deux ans, nous avons constaté que notre communication se heurtait à des limites de perception. Nous avons aussi observé, en dépit de notre position de numéro trois dans les fonds de placement en Suisse, que la marque Swissca faisait l'objet d'une certaine confusion avec Swica, Swisscom, Swissair, etc. Enfin, troisième point, le lien existant entre Swissca, Prevista, la fondation de placement des banques cantonales, et Servisa, la fondation collective, était loin d'être perçu comme tel par notre clientèle, ni comme une entreprise commune des banques cantonales. Il fallait donc aussi renforcer l'ancrage institutionnel des banques cantonales et accroître la perception de celles-ci en tant que fournisseurs de prestations d'investissement et de prévoyance, et non seulement de crédits hypothécaires.

– Quel sera le coût de ce changement d'image?

– Nous ne publions pas le niveau de ces coûts. Mais c'est moins qu'un budget annuel. Notre budget marketing sera donc simplement augmenté en 2005.

– N'y a-t-il pas de risque de confusion pour la clientèle entre vos différents métiers réunis sous une même enseigne?

– Nous sommes essentiellement des fournisseurs de prestations aux banques cantonales. Ce sont ces dernières qui entretiennent le lien avec le client. L'enseigne Swisscanto devrait rendre les clients plus attentifs à la dimension «banque cantonale» de leurs produits de placement et de prévoyance.

– Longtemps numéro trois des fonds de placement en Suisse, Swisscanto est actuellement au coude à coude avec Pictet. Est-ce là aussi une des raisons de ce changement?

– Le changement d'enseigne a bel et bien pour objectif de vendre davantage de fonds et de gagner des parts de marché.

– Quels sont vos objectifs de parts de marché?

– Notre objectif est d'augmenter de 50%, d'ici à cinq ans, le volume actuellement sous gestion (ndlr: 47,5 milliards de francs à fin novembre) en partie par de nouveaux fonds. Nous visons donc une croissance supérieure à la moyenne du marché, non seulement par le biais des banques cantonales mais encore davantage par le biais de banques tierces. Ces dernières doivent en fait nous procurer une croissance supérieure à celle des établissements cantonaux.

– Vous parlez des banques de gestion de fortune?

– En effet. Le private banking privilégie une architecture ouverte qui favorise les produits les plus performants plutôt que les produits maison. Les banques tierces génèrent pour l'instant 15% de nos affaires.

– Et par des acquisitions?

– En partie seulement. Si des opportunités se présentent dans des compétences qui nous font défaut ou pour intégrer dans notre gamme un fonds qui souhaiterait ne plus se développer, pour avoir accès à un canal de distribution supplémentaire.

– Le monde de l'investissement semble se polariser entre les produits indiciels, à gestion passive, et les hedge funds, qui visent une performance absolue. Comment Swisscanto intègre-t-elle ces deux tendances?

– Swisscanto est notamment présent dans ce segment avec le fonds de hedge funds «Swisscanto Alternative Invest», dont la fortune a bondi de 130 millions à 450 millions de francs en un peu plus d'un an. Soit moins de 1% de la fortune totale gérée par Swisscanto. Cette catégorie présente à notre avis encore un certain potentiel, mais les attentes des investisseurs sont très élevées. Il n'est pas réaliste de dire que le rendement absolu que l'on fait miroiter offre un rendement supplémentaire de 8% sur celui des placements dits sans risque. Car dans les hedge funds aussi, ce rendement additionnel est assorti d'un surcroît de risque, le risque des positions gérées activement. Les ETF (Exchange Traded Funds) et autres produits gérés passivement sont des produits tout à fait valables pour les investisseurs très sensibles aux coûts de la gestion. Mais ce n'est pas une véritable solution pour ceux qui recherchent avant tout la performance. La gestion est une discipline active, même lorsqu'elle se limite au choix d'un indice ou d'une combinaison de ceux-ci.