Après les distributeurs, les industriels de l'alimentaire préfèrent se passer des organismes génétiquement modifiés (OGM). Novartis a annoncé ce week-end que sa filiale Gerber n'utilisera plus de maïs et de soja génétiquement modifiés dans ses produits à partir du mois de septembre. Alors que les OGM n'entrent que pour 0,5% dans la fabrication des articles Gerber, destinés à l'alimentation des nourrissons, le porte-parole de la firme suisse a indiqué: «Ce n'est pas une question de sécurité, mais une réponse aux souhaits des consommateurs.»

En mars dernier, sept groupes européens de distribution (parmi lesquels le suisse Migros, le français Carrefour et les britanniques Marks & Spencer et Sainsbury) s'étaient mis d'accord pour bannir de leurs rayons les produits fabriqués à partir d'OGM. Les associations de consommateurs, à travers leurs activités dans les médias, ont mené en Europe la bataille contre ce nouveau type d'ingrédients dont beaucoup estiment que les effets sur la santé humaine sont mal connus à long terme.

L'embargo des grands magasins a provoqué des effets en amont de la chaîne industrielle. En Grande-Bretagne, où ce sont désormais presque l'ensemble des distributeurs qui font bloc, les filiales locales de Nestlé et Unilever ont suivi le mouvement. En mai, leur challenger Danone (troisième groupe alimentaire européen) franchissait un pas supplémentaire en annonçant qu'il s'abstiendrait d'utiliser des OGM dans le cadre de l'Hexagone et qu'il étendrait à l'avenir cette mesure à tout le continent. Les produits Gerber sont commercialisés aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique latine et en Europe.

Novartis produit elle-même des semences génétiquement modifiées. La méfiance reste de mise sur le Vieux Continent quant à la mise en culture d'OGM, une pratique passée dans les mœurs aux Etats-Unis. En Suisse, l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) a décidé en avril, pour des raisons de sécurité, de ne pas autoriser des essais de maïs et de pommes de terre issus du génie génétique. Le parlement devrait traiter cet hiver le paquet Gen-Lex pour clarifier la situation, notamment par rapport aux Européens. Une fuite dans la presse (Le Temps du 31 juillet) a mis à jour un rapport de l'OFEFP qui propose un moratoire de dix ans sur la dissémination des plantes transgéniques en raison des connaissances encore insuffisantes sur le sujet. En juin, les ministres de l'Environnement européens ont adopté un moratoire de facto pour la mise sur le marché de nouvelles plantes transgéniques.

S.B.-G.