«L'Allemagne doit redevenir un pays qui inspire la confiance. Nous devons avoir le courage de décider les changements nécessaires pour être à nouveau à la pointe du développement économique et social en Europe.» Dans un discours de 90 minutes devant le Bundestag, le chancelier Gerhard Schröder a tenté vendredi d'esquisser comment il comptait s'y prendre pour sortir l'Allemagne de la crise économique. Ceux qui attendaient un discours flamboyant ne pouvaient qu'être déçus: l'état chancelant du pays mais aussi la complexité de ses problèmes ne se résolvent ni par des envolées lyriques, ni par des recettes miracles.

Le chef du gouvernement a appelé l'Allemagne à des «sacrifices» pour relancer la croissance (0,2% en 2002) et l'emploi (4,7 millions de chômeurs en février). Des sacrifices qui seront «douloureux», avertit Schröder, «mais acceptables car équilibrés». Ce n'est pas un discours de rupture. A plusieurs reprises depuis sa précaire réélection en septembre dernier, le chancelier a préparé les Allemands à prendre congé d'un modèle de protection sociale parmi les plus généreux du monde, mais dont la facture élevée pénalise gravement l'économie. Le coût du travail, alourdi par des charges sociales qui ont explosé ces dix dernières années, atteint des sommets mondiaux. Ce n'est plus tenable.

Le «paquet» de Schröder englobe une série de mesures qui sont au cœur d'un vaste débat national depuis des mois. Ce n'est pas un «paquet surprise». Schröder n'a ainsi pas retenu l'idée, séduisante, de risquer une baisse d'impôts immédiate pour favoriser la consommation. Il s'en tient aux deux baisses d'impôt agendées pour 2004 et 2005. «Ce serait irresponsable de les anticiper ou d'aller au-delà.» Mot-clef: Maastricht. L'endettement allemand 2003 tutoie les 3% du PIB autorisés.

Pas de traitement de choc, donc, mais plutôt une multitude de corrections à la marge. Les plus importantes sont:

– Un programme d'investissements publics de 15 milliards d'euros soutiendra l'emploi. L'instrument: des prêts bonifiés aux communes pour moderniser leurs équipements (7 milliards d'euros) et aux particuliers pour la restauration des immeubles (8 milliards d'euros).

– Les indemnités de chômage seront alignées, à la baisse, sur l'aide sociale. Le droit aux prestations de chômage diminuera, respectivement, à 12 ou 18 mois (contre 32) pour les moins ou les plus de 55 ans.

– La protection rigide contre les licenciements qui s'applique aux PME à l'engagement du 6e employé disparaîtra. Ce gain de flexibilité sera compensé par des indemnités de licenciement réglées par la loi.

– Les conventions collectives de branche subsisteront pour fixer les conditions-cadres de rémunération; mais des «clauses d'ouverture» pour les sociétés en difficulté devront se généraliser: un pas vers des négociations tarifaires au niveau des entreprises.

– Les assureurs maladie auront la liberté de signer des contrats exclusifs avec les médecins ou hôpitaux de leur choix; on en attend une pression sur les coûts. Des prestations de l'assurance maladie obligatoire seront financées par l'impôt plutôt que par les cotisations salariales. Objectif: réduire la cotisation salariale qui finance cette assurance de 14,3% du salaire brut à 13%.

Le chancelier a le soutien de ses troupes. Longtemps réticents, l'aile gauche des sociaux-démocrates ainsi que les syndicats exprimaient vendredi leur accord de principe sur l'essentiel, y compris sur les mesures décriées comme «néolibérales» il y a seulement 10 jours.

Il a directement sollicité le soutien de l'opposition, laquelle est en mesure de tout bloquer au Bundesrat (la Chambre des Länder) où elle détient la majorité. Sa cheffe, Angela Merkel, a proclamé sa déception: «Ce n'est pas le grand bond», «Insuffisant pour relancer l'économie allemande!» Une hostilité de façade? Certaines mesures vont déjà au-delà des réformes que l'opposition osait elle-même défendre en campagne électorale. De rudes négociations vont commencer. L'on devrait savoir d'ici à l'été lesquels de ces remèdes seront vraiment administrés à l'Allemagne, et à quelles doses.