Le gouvernement allemand a donné son feu vert à une série de baisses d'impôts, avancées de 2005 à 2004. Ces nouvelles mesures représentent un surcoût de 15,5 milliards d'euro (24,02 milliards de francs), selon l'estimation du gouvernement. Ce surcoût sera financé par une diminution des subventions d'environ 300 millions d'euros, de nouveaux emprunts à hauteur de 5 milliards et le produit de la vente éventuelle de participations publiques dans des entreprises telles que Deutsche Post AG et Deutsche Telekom, estimé à 2 milliards.

Berlin entend poursuivre la privatisation du groupe de télécommunications Deutsche Telekom et de la poste nationale, Deutsche Post, en cédant des actions à la banque publique Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW). L'Etat fédéral détient encore directement 30,75% de Deutsche Telekom, et la banque publique KfW, 6,2%. Dans le capital de Deutsche Post, le gouvernement détient 50% environ et la KfW 18%. Le reste est pris en charge par les Länder et les collectivités communales.

Le déficit budgétaire de l'Etat fédéral va être accru de «près de 5 milliards d'euros», par rapport aux 23,8 milliards prévus jusqu'ici, pour atteindre «près de 29 milliards d'euros», a souligné le ministre des Finances, Hans Eichel, lors d'une conférence de presse. Il table sur un taux de croissance à 2% et sur les retombées dynamisantes pour l'économie que devrait apporter la mise en application des réformes voulues par l'Agenda 2010.

Politique d'annonces fracassantes

Berlin entend toujours parvenir à son objectif de revenir en 2004 dans les limites autorisées par le Pacte de stabilité et de croissance européen, qui prévoit des sanctions si le déficit public annuel d'un pays de la zone euro dépasse le seuil de 3% de son PIB. «C'est notre objectif, a dit le chancelier Gerhard Schröder, au cours de cette même conférence de presse. Les critères de Maastricht seront respectés sur la base du scénario envisagé par le gouvernement, à savoir une croissance de 2% en 2004 et la mise en œuvre des baisses d'impôts prévues pour stimuler l'activité économique.» Lors de la présentation des grandes lignes de ce plan, Hans Eichel a semblé tendu et la rumeur a couru ensuite de sa mise sous pression par Gerhard Schröder, pressé de pratiquer une politique d'annonces fracassantes, de manière à satisfaire ses électeurs.

En effet, la réforme fiscale, si l'on intègre les mesures déjà annoncées précédemment pour 2004, devrait faire passer la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu de 48,5% à 42% dès l'année prochaine, tandis que la tranche inférieure, actuellement à 19,9%, devrait être ramenée à 15%. Tout ceci est évidemment appréciable pour le contribuable.

Ernst Welteke, président de la Bundesbank et membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, a quand à lui exprimé des doutes sur les bénéfices attendus de ces mesures gouvernementales en considérant que «l'Allemagne n'a pas uniquement un problème économique. Elle a principalement des problèmes structuraux et elle traverse une crise de confiance. Ceci ne pourra être résolu qu'avec des perspectives claires pour le futur. Ne pas augmenter la dette publique est plus important que de réduire les impôts…»

De son côté, Edmund Stoiber, chef de l'opposition conservatrice CDU/CSU, a critiqué ces décisions en les considérant comme «insatisfaisantes». Il s'est dit opposé au financement de la réduction d'impôts via l'appel au crédit et à l'alourdissement des charges qui pèsent sur les Länder et les communes. Il en a profité pour demander un nouveau projet chiffré et détaillé point par point. Il est à noter que de nombreux experts demeurent très prudents quand aux chiffres annoncés ce mercredi.